lundi 22 septembre 2025

Le San Yi Quan 三一拳





Le San Yi Quan 三一拳 (sān yīquán) se traduit littéralement par Poing des Trois Un. On le désigne souvent comme Poing des Trois Harmonies.
Il s’agit d’un art de la bravoure plus que d’un « art martial », selon son transmetteur en France, Georges Charles. La pensée confucéenne définit en effet le brave comme celui qui s’oppose à la violence sans l’exercer. Cette idée rejoint l’idéogramme
(wǔshù) :

  • Wu : une main qui arrête une arme, talisman protecteur.
  • Shu : savoir et savoir-faire, au sens artisanal.

On est donc loin des images guerrières des films ou combats de spectacle : le wǔshù cultive au contraire l’éthique, la vitalité et l’harmonie avec la nature, les autres et soi-même, selon les fondements confucéens, taoïstes et bouddhistes.

Le San Yi Quan illustre cette démarche : unir le mouvement à la pensée, harmoniser cœur et esprit.
Il fut transmis en France par Maître Wang Tse Ming (né à Canton en 1909, installé en France en 1949) à son élève Georges Charles, qui hérita de l’école en 1979. Avec son maître, il choisit le nom San Yi Quan en référence à la tradition confucéenne, bien que l’école soit rattachée au Xing Yi Quan
形意拳 (Poing de l’Unité prenant forme).

Pour rendre accessible cet art complexe, Wang Tse Ming recommanda d’introduire trois boxes externes, permettant de travailler les différentes distances :

  • Hung Gar (distance longue)
  • Wing Chun (courte)
  • Tang Lang Quan (intermédiaire)

Ces approches externes ouvrent ensuite vers la pratique interne du Xing Yi Quan, transmise ici dans son courant naturel (Ziran Men), fondé sur l’économie de mouvement et la dynamique des cinq éléments (Wu Xing 五行) : feu, eau, bois, métal, terre.


Transmission en France

J’ai commencé l’étude auprès de Georges Charles en 1999, qui m’a remis le diplôme d’enseignant en 2004.
Auparavant, j’avais étudié douze ans à l’école traditionnelle vietnamienne Sa Long Cương (Binh-Dinh), riche de l’héritage sino-vietnamien et des « Dix-Huit Armes ». J’ai aussi enrichi ma pratique par le Jeet Kune Do et les arts philippins auprès de Richard Mugica.

Aujourd’hui, mon enseignement du San Yi Quan articule :

  • les arts vietnamiens de Binh-Dinh,
  • le Wing Chun (approfondi par le Jeet Kune Do),
  • et le Xing Yi Quan (courant interne transmis par Georges Charles).

Cette pédagogie cherche les points communs entre traditions, et s’appuie sur les vertus confucéennes (respect, bonté, équité), taoïstes et bouddhistes (apaisement, vitalité).



 

Les cinq degrés d’apprentissage

L’enseignement est structuré en cinq degrés, liés aux couleurs et aux cinq éléments (Wu Xing). Je parle de « degrés » plutôt que de grades : il ne s’agit pas de hiérarchie, mais d’un chemin de maturation. Chaque degré associe une couleur, un élément, une image, et une vertu.


1. Le degré Noir – Eau

C’est celui du débutant.

  • État d’esprit attendu : curiosité, implication, humilité.
  • Sens symbolique : l’eau, discrète mais tenace, qui s’infiltre partout. L’élève est comme un cours d’eau naissant, appelé à rejoindre fleuves et océans.
  • Attitudes : apprendre les bases techniques, mais aussi l’esprit de l’école : ranger et entretenir les armes, préparer la salle, observer les rites.
  • Vertu associée : respect des rites. Sans implication, il n’y a pas d’explication possible du maître, ni d’application juste de l’enseignement.

2. Le degré Vert – Bois

C’est celui de l’élève en progression.

  • État d’esprit attendu : constance, autonomie, confiance.
  • Sens symbolique : le bois, qui croît et se fortifie. L’élève devient un arbre en croissance, solide mais encore souple.
  • Attitudes : il n’attend plus qu’on lui dise quoi faire : il prépare, range, entretient de lui-même. Il explique les principes de vie commune aux débutants.
  • Vertu associée : confiance. L’enseignant peut s’appuyer sur lui. La vertu du respect est acquise, vient maintenant celle de la loyauté et de la fiabilité.

3. Le degré Rouge – Feu

C’est celui de l’élève avancé.

  • État d’esprit attendu : engagement, responsabilité, équité.
  • Sens symbolique : le feu, foyer qui réchauffe et éclaire. L’élève devient le bras droit de l’enseignant.
  • Attitudes : il aide à organiser, relayer, corriger les techniques ; il soutient les autres, prévient les conflits, favorise l’esprit d’école.
  • Vertu associée : justice et équité. Après respect et confiance, il incarne la capacité de réguler et de maintenir l’harmonie collective.

4. Le degré Jaune – Terre

C’est celui de l’élève confirmé, devenu transmetteur.

  • État d’esprit attendu : fiabilité, générosité, souci de la tradition.
  • Sens symbolique : la terre, solide et fertile, sur laquelle on bâtit et où l’on plante.
  • Attitudes : il peut prendre en charge une école, enseigner sans réserve, transmettre le savoir et les savoir-faire sans esprit de secret ni de préférence.
  • Vertu associée : bonté. L’élève jaune est garant de la continuité : il assure que l’art se perpétue dans le temps et garde son essence.

5. Le degré Blanc – Métal

C’est l’élève accompli, qui a formé à son tour des enseignants.

  • État d’esprit attendu : sagesse, discernement, vigilance.
  • Sens symbolique : le métal, épée tranchante capable de détruire ou de protéger. Symbole d’autorité et de responsabilité.
  • Attitudes : il assure que les enseignants qu’il forme restent fidèles aux valeurs de l’école, et veille à l’esprit des arts de la bravoure.
  • Vertu associée : sagesse. Après avoir intégré respect, confiance, équité et bonté, il devient un guide qui perpétue la tradition dans sa totalité.



  

dimanche 9 février 2025

Introspection et responsabilités de l'ascète spirituel

 




Je prends la ferme résolution de retourner à la vraie nature de la sérénité / de retourner à la vraie nature de l’énergie spirituelle / de retourner à la vraie nature des responsabilités envers le ciel et la terre, comme envers les êtres et les choses.

 

Cet engagement, récité au début de l’ascèse spirituelle du Shen Gong Wu Wei, a une fonction très particulière. Elle a pour vocation de canaliser l’esprit afin de le diriger vers des principes qui favorisent l’éveil et le développement spirituel.

La récitation des mantras liés à des noms de bouddhas ou de bodhisattvas du panthéon bouddhiste, nous permet de nous mettre en relation avec les principes spirituels portés par ces être, et nos propres principes.

Ainsi le bouddha Amitabha (bouddha de la lumière infinie) nous incite à éveiller en nous notre lumière intérieure, notre lucidité et notre sérénité.

Avalokitésvara incarne la compassion infinie et Matreya est le symbole de la joie infinie.

Aussi, quand on récite les trois résolutions citées au début de ce texte, la pratiquante ou le pratiquant de l’ascèse spirituelle, prend refuge (c’est l’expression) dans le bouddha (l’Eveillé), le dharma (les enseignements) et le sangha (la communauté).

Prendre refuge dans le bouddha, c’est suivre la voie spirituelle et chercher à éveiller sa conscience, afin d’atteindre cette maturité d’existence qu’incarne donc cet éveil spirituel et cette réalisation spirituelle du bouddha.

Prendre refuge dans le dharma, cela signifie que l’on adopte les lois qui régissent la vie de l’ascète visant à atteindre l’état de bouddhéité.

Prendre refuge dans le sangha, la communauté, a un sens qui mérite ici d’être détaillé, car il conclut ou initie (c’est au choix) les deux autres engagements.

Le sangha, la communauté, indique l’ensemble des êtres et des choses, le ciel et la terre, dans le sens ou l’être spirituel qui travaille à se perfectionner, se reconnait comme participant à la vie et au vivant. S’engager à prendre la ferme résolution de retourner à la vraie nature des responsabilités envers le ciel et la terre, comme envers les êtres et les choses, est le point de départ essentiel et fondamental de tout enseignement spirituel.

Les maîtres avec qui j’ai étudié, que cela soit dans les méthodes d’obédiences bouddhiste, taoïste, shinto, yogique ou chrétienne, m’ont tous et toutes fait un jour cette remarque — formulée pour chacun à sa façon — que rien ne sert de chercher la réalisation spirituelle ou à devenir presque un dieu, si déjà on est pas accompli humainement.

Ils avaient toutes et tous dans leurs discours et enseignements, cette volonté de nous faire comprendre qu’on ne pouvait atteindre la maturité d’existence spirituelle incarnée par le bouddha, si on ne se responsabilisait pas, si on se comportait comme des enfants et si on ne respectaient pas déjà les règles sociales et humaines de la communauté à laquelle on appartient, et aussi si on ne respectait pas le ciel et la terre.

Je ne veux pas rédiger ce texte en donneur de leçons, car je dois m’appliquer à moi-même chaque jour cette rigueur demandée par la responsabilité envers le Sangha. Mais sans cette rigueur, le Dharma ne peut être compris et le Bouddha ne peut être réalisé.

Nous sommes dans un monde étrange qui défend la liberté et les libertés, et qui ne cesse de jour en jour de rejoindre l’enfermement, le repli sur soi et la peur de l’Autre. Nous revendiquons notre droit au plaisir, à la distraction, à l’autonomie et même à la jouissance, mais sans accepter pleinement les devoirs à respecter pour que ce plaisir, cette jouissance et cette autonomie ne deviennent pas simplement un égo démesuré !

Comme je le dis souvent, l’Autre n’est pas le problème ; il est la solution. Pour cela, il convient déjà dans un premier temps que nous ne soyons pas un problème pour l’Autre, mais bien SA solution.

Cette responsabilisation vis-à-vis de la communauté humaine et vis-à-vis du ciel et de la terre, ne nécessite pas de grandes réflexions philosophiques, ni non plus des serments à prendre devant un autel. Il s’agit d’accomplir une simple introspection quotidienne.




Dans la méthode que je suivais étant plus jeune, cette introspection correspondait même à un exercice annexe de la méthode ; exercice que l’on devait pratiquer chaque jour à 5h du matin, au début de la première méditation de la journée.

Cette introspection peut prendre en compte des choses anodines du quotidien, comme des choses beaucoup plus profondes… Les choses anodines du quotidien trouvent des exemples nombreux et faciles avec notre comportement sur la route, car la voiture, les déplacements, nous soumettent à un stress inconscient et très intense. Ce stress est lié à l’accélération, au besoin d’aller vite, et ce besoin trouve des points d’ancrage dans notre cerveau avec des biais de négativité forts et très mobilisateurs de décharges hormonales :

- J’arrive à un rond-point, et au lieu de ralentir parce que je dois céder la priorité, j’accélère pour passer coûte-que-coûte.

- Je vois quelqu’un qui veut traverser et là encore, au lieu de m’arrêter et de respecter le code de la route, j’accélère.

- Je suis pressé, je dois déposer mes enfants chez la nounou, je me gare en double fil plutôt que de faire quelques mètres et de me garer sur une place libre ou dans un parking.

À chaque fois, pour ces trois exemples, nous prenons un risque pour nous-même, nous faisons encourir un risque aux autres, et dans la vision de cause à effet et de lien karmique, nous déclenchons chez l’Autre, de la colère et/ou de la peur.

Nous ne devenons alors pas LA solution de l’Autre, mais bien SON problème. Notre responsabilité se trouve engagée tant physiquement, que spirituellement du fait d’un comportement irresponsable de notre part.

L’introspection spirituelle peut donc prendre pour point de départ des évènements aussi anodins que notre comportement sur la route, que des évènements plus lourds de conséquences avec notre rapport aux gens dans le cadre familial, professionnel, etc.

L’objectif de ce travail introspectif est de parvenir à une compréhension profonde de soi, du rapport aux autres et du rapport aux règles karmiques qui nous lient au bonheur des autres, et à leurs malheurs, à ce qui plaisant ou déplaisant pour autrui et dont nous sommes l’origine.

Pour celles et ceux qui pratiquent la méditation, cet exercice est aussi important que le travail de la respiration ou de la contemplation méditative.

Je vous laisse ci-dessous l’extrait d’un enseignement de mon ancien maître de méditation, monsieur Tam.

Ce texte a été rédigé en 1983. Il a pour titre : « retour à la vérité »




 

Mes chers amis,


Aujourd'hui, nous avons l'occasion de nous réunir ici pour méditer ensemble, développer notre esprit. Avec la méthode pragmatique actuelle, nous avons pratiqué ensemble durant plusieurs jours, plusieurs mois, plusieurs années pour revenir à la structure supranaturelle existant en nous, pour comprendre la nature originelle, entière et parfaite que le principe divin nous a accordée afin que nous ayons une nature vivante, débordante d'amour.

Nous avons vécu plusieurs existences ensemble sur cette terre fertile. Nous nous sommes toujours réincarnés. Nous apprenons la spiritualité, nous la recherchons. Nous nous avançons sur le chemin sur lequel nous devons marcher. Nous sommes obligés de nous avancer. A chaque heure, à chaque minute, à chaque fraction de seconde, des changements se produisent sans cesse à partir de l’obscurité vers la sérénité. L'amour se manifeste de plus en plus dans l'âme de chaque individu.

Nous avons une famille, nous possédons un corps, nous assistons ensemble aux scènes d'actions et de réactions pour pouvoir ressentir clairement l'existence du principe divin et des Bouddhas. Nous avons une issue, un chemin de retour, des conflits pour défaire tous les nœuds dans notre for intérieur.

Par moments, nous n'avons pas d'issue et par moments, nous surmontons très facilement les obstacles. Dans la longue nuit, nous avons appris sans cesse mais qui a su cela ? Notre façon de manger, nos actes, notre sommeil ont changé par le sens de la respiration des énergies en nous. Ces énergies s'harmonisent entre elles, progressent, se développent ensemble, se réunissent et se dispersent clairement dans le principe conscient de chaque individu. Pendant notre sommeil, pendant nos heures de méditation, tout est émouvant, vivant ; nous élargissons de plus en plus nos connaissances sur l'Univers. La pureté, la légèreté en haut font le Ciel ; la lourdeur, l'impureté font la Terre. Vous avez certifié cela avec vos yeux profanes. Les arbres, les fleurs, les fruits luxuriants concourent au développement.

L'humanité a offert automatiquement leur amour vivant à travers la matière, l'argent, la nourriture, le logement, les vêtements, le matériel scientifique et moderne. Ce n'est pas en dehors de l'Amour et de la Spiritualité. Nous pouvons assister à ces situations, bénéficier de ces choses, nous élever selon notre propre niveau existant. Nous savons aimer notre famille, nous savons aimer le principe divin, nous savons penser à notre Origine céleste ; sur le chemin de retour, sur la voie, nous avons marché et nous sommes en train de marcher. Vous avez marché avec moi en plusieurs endroits, vous avez marché avec moi pendant plusieurs instants émouvants. Nous nous sommes aimés les uns-les-autres. Nous ne cessons pas de penser les uns aux autres sur le chemin d'auto avancement et d'auto développement.

Grâce au "bâton" de spiritualité, à la méthode de méditation qui est un outil, nous avons la possibilité de faire une révision de la Barque de Rédemption existant dans le principe conscient de chacun de nous pour voir où elle est abîmée, cassée et nous la réparons, nous la restaurons nous-mêmes puis nous ramons nous-mêmes, nous nous avançons nous-mêmes.

Nous avons marché ensemble. Nous marchons toujours, nous nous corrigeons toujours, nous nous surveillons toujours, nous nous construisons toujours pour attendre le jour où la tempête viendra à nous, mais notre esprit sera toujours calme car nous aurons vu clairement que ce n'est pas en ouvrant les yeux que nous pouvons marcher. En fermant nos yeux profanes et en ouvrant nos yeux spirituels, nous voyons le chemin. Nous avons marché ensemble, nous avons pratiqué ensemble, nous avons fermé les yeux pendant l'heure de méditation, nous avons laissé tomber toutes les choses du monde extérieur pour revenir à la situation réelle, inhérente à nous-mêmes, à la lucidité, la pureté, la légèreté.

Nous ne sommes plus dépendants du monde extérieur et nous ne nous y accrochons plus. Quand nous prenons conscience clairement de cela, nous voyons qu'il est un moyen faisant évoluer notre âme.

(…)




 

 

dimanche 19 janvier 2025

La pratique de la méditation Shen Gong Wu Wei

 Shen Gong Wu Wei : travail de l'esprit par le Non-Agir


Les étapes


1. L'assise : confortable, dos droit, le bout de la langue sur le palais supérieur, la bouche close. Posture du lotus ou du semi lotus ou équivalente, ou sur une chaise. Les yeux sont clos. Le regard regarde loin vers l'avant, à travers les paupières closes. L'esprit est concentré sur le sommet du crâne.




2. L'invocation des mantras et la préparation de l'esprit :

Invoquer mentalement les trois principes : la lucidité (bouddha Amitabha), la compassion (bodhisattva Avalokitésvara) et la joie (Matreya).

Réciter : "Désormais, je prends la ferme résolution de retourner à la vraie nature de la sphère de la lucidité (le bouddha), à la vraie nature de la sphère de l'énergie spirituelle (le dharma), à la vraie nature des responsabilités envers le Ciel et la Terre, comme envers les êtres et les choses.

Réciter 3 fois le mantra de la lucidité.

3. Exercice de concentration de l'énergie : Soi Hôn




4. Exercice de respiration spécifique.



5. Travail de la contemplation méditative : 1ere étape, sans le mudra, puis 2eme étape, avec le Samadhi mudra (attendre l'accord de l'enseignant pour pratiquer avec le mudra de la Samadhi)





6. Exercices d'auto massages de fin de pratique.


Les exercices annexes : 

Exercice de vérification du déblocage du Vaisseau Gouverneur, en huit étapes.

Exercice de respiration omphaloscopique.



Exercice d'introspection des 3 pouvoirs (San Cai).

dimanche 13 octobre 2024

Chamanisme chinois et taoïsme

 


En Chine, le chamanisme se nomme Wu Jiao (Chinois 巫教, pinyin: wū jiào). Le terme Wu signifie indifféremment chamane ou sorcier. Il désigne quelqu’un capable d’être médiateur avec les forces qui génèrent les évènements.

A la fin de la dynastie Shang (1600 – 1046 avant notre ére), Wu désigne indifféremment le ou la sorcière. Il sera genré suivant les dynasties, mais Wu désignera toujours le ou la chamane.

Le chamanisme chinois fait référence à des Ancêtres, c’est-à-dire des êtres humains déifiés parce qu’ils parvinrent à transformer leur nature afin de devenir des dieux.

C’est cette notion en particulier que partagent le chamanisme chinois et le taoïsme.

Sous la dynastie Qing, l’empereur ordonne que soient réglementées les pratiques chamaniques.

Le jésuite français Joseph-Marie Amiot a publié une étude sur le code chamanique, " Rituels des Tartares Mandchous déterminés et fixés par l'empereur comme chef de sa religion " (1773). En 1777, l'empereur Qianlong ordonna que le code soit traduit en chinois pour être inclus dans la Bibliothèque complète des Quatre Trésors

 

Les écoles taoïstes, alors déjà très structurées, profiteront de cet édit impérial pour s’imposer

 

Diverses traditions rituéliques sont donc enracinées dans le chamanisme chinois comme celles du taoïsme populaire contemporain dont les maîtres sont parfois, toujours aujourd’hui, identifiés comme wu (chamans) bien que la plupart des ordres taoïstes ne s'identifient pas comme tels.

Le taoïsme tire cependant certaines de ses origines du chamanisme chinois : il s'est développé autour de la poursuite d'une longue vie ( shou /寿) et de la quête du statut d'immortels xian (, « homme de la montagne », « saint homme »).

 


dimanche 15 septembre 2024

À la découverte d'un point d'acupuncture important...

 

Le point d’acupuncture localisé dans le nombril se nomme Shen Que en chinois (prononcer chen ché).



Shén : divinité / dieu / Dieu / esprit / expression / air / énergie

Quē : tour de guet devant la porte d'entrée du palais impérial / palais / impérial

 il est parfois aussi connu sous le nom de Qi He ou Qi She (Shè  demeure / maison) ou même Qi Zhong.

Il représente aussi au fond du palais de la cité interdite la porte de l'empereur. Seul l'empereur pouvait y rentrer et en sortir. C'est l'endroit où le Yuan Qi (le Qi originel)peut être engendré, accumulé et stimulé. 

Caractéristiques particulières du point

Les différents noms de Shen Que ou VC8 dans la nomenclature moderne en acupuncture (8eme point du Vaisseau Conception – Ren Mai) comme Tour de guet de l’Esprit ou demeure du Qi … reflètent l’importance du nombril comme :

  •  Point d'entrée et de sortie de l'Esprit
  • Source d'alimentation du fœtus
  • Un important point pour renforcer et réchauffer notre corps et nourrir l'esprit et le cerveau

   Plusieurs points, qui sont alignés avec le nombril, ont un très profond effet sur l'esprit et l'âme éthérée : Rate 16 (Hang Shu), Hors Méridien Hun She et Estomac 25 (Tian Shu). 

Ainsi VC8 Shen Que est la demeure de l'esprit, Hang Shu (R16) connecte l'essence des reins à l'esprit du cœur, Hun She Hun She est la demeure de l'âme éthérée et E25 (Tian Shu) est la demeure de l'âme éthérée et de l'âme corporelle.


 

 Le « Grand dictionnaire d’acupuncture chinoise » donne une explication sur la signification de ce point d’après un texte ancien :

« VC8 Shen Que est la Résidence du Psychisme [Shen Que], le Ciel est au-dessus, la Terre est en dessous, l’Homme est au Centre ; de chaque côté, R13 (Qi Xue) et R16 (Huang Shu). Au-dessus, il y a VC9 (Shui Fen) et VC10 (Xia Wan) ; en dessous, il y a VC4 (Guan Yuan) et VC 3 (Zhong Ji). Le nombril est au centre, comme une porte ouverte par laquelle l'Esprit communique avec l’Essence du Ciel Antérieur. Lorsque le père et la mère s’unissent, le fœtus se forme, le cordon ombilical se forme, se reliant à la Porte de la Vie [Ming Men] de la mère comme une tige de lotus. L’Essence du Ciel Antérieur produit l’Eau et le Rein. Comme un bouton de fleur encore fermé, les 5 Éléments naissent et le Qi de la mère est transféré. Quelques mois après la formation complète du fœtus, le Psychisme pénètre celui-ci en passant par le centre de l’ombilic et donne un nouvel être humain. »




Le mot Que évoque un « palais » comme résidence de l'Esprit pour souligner l’importance énergétique de ce point et comporte aussi l’idée d’un espace ouvert, de quelque chose de vide.

C’est l’espace à travers lequel le fœtus se relie à la Porte de la Vie (Ming Men) de la mère et c’est l’espace à travers lequel l'Esprit pénètre dans le fœtus et dans lequel il reçoit la nourriture de la mère.

En raison de ces liens, VC8 Shen Que est le point de choix pour agir sur le Qi du Ciel Antérieur. Toutefois, cet « espace » n’est pas comme un «portail » (Guan) ou une « porte » (men) qui laisserait entrer et sortir le Qi et en favoriserait la circulation . Cet « espace » est plutôt comme l’entrée d’un palais ; c’est un « espace » qui est la résidence de l'Esprit.




 Dans Zhen Jiu Xue Ming Jie, il est dit :

« Shen Que se trouve sur le nombril. Ce dernier est à la fois le nœud du ciel antérieur, de l’inné et la demeure du Qi du ciel postérieur, l’acquis. Ce point est donc la porte de communication entre le Cœur et les Reins. C’est une position Yang qui se trouve sur la partie Yin du corps, c’est pourquoi ce pont recherche de la chaleur par application chaude ou moxibustion ».

La respiration abdominale omphaloscopique en position allongée



Il s’agit d’une méthode respiratoire en position allongée qui stimule le point Shen Que et le point Hors Méridien Yin Tang qui régule le Shen (l’esprit).

On retrouve des pratiques similaires avec des méthodes contemplatives des moines anachorètes orthodoxes telles que l’omphalopsyque

dimanche 8 septembre 2024

Quelques réflexions taoïstes de rentrée scolaire...

 

Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse, mais fais à autrui ce que tu aimerais qu’il te fasse, ceci sans s’opposer à son intention » (Li Ji) « Livre des Rites » - Confucius

 

L’Etre humain (Ren) voit le Ciel (Tian) et peut recevoir le souffle spirituel (Shen Qi),
L’Etre humain écoute la terre (Ti) et peut comprendre le souffle essentiel (Jing Qi),
L’Etre humain échange avec l’Etre humain (Ren) et peut évoluer (changer le cours des choses ou le destin) (Ming).

Celui qui ne sait pas voir le ciel et ne veut pas comprendre la terre demeurera l’esclave de l’Etre humain ou achètera celui-ci.  (Shing Ji) - « Le Livre des Odes » - Confucius

 

Ainsi, qui se veut Dur, qu'il se garde par la douceur

Et qui se veut Puissant, qu'il se protège par la souplesse.

Par douceur accumulée on se fait Dur

Par souplesse accumulée, on se fait puissant.

(...)

Le puissant vainc qui lui est inférieur ;

Contre qui lui est égal, sa puissance n'est que de même force.

Le doux, lui, vainc même ce qui le dépasse ;

Il dispose d'une force incalculable.     Traité du prince de Huainan

 

Perdu en mer, un homme ne distingue plus l'Est de l'Ouest ;
Mais il lui suffit de trouver l'étoile Polaire pour se repérer.
La nature de l'homme est son étoile polaire :
Qu'il se considère lui-même
Et il ne perdra rien des dispositions propres des êtres ;
Sans ce regard sur soi,
Au moindre choc, il est profondément perturbé.
C'est comme de se baigner à Longxi :
Plus on s'agite, plus on s'enfonce.     
Traité du prince de Huainan

lundi 12 février 2024

Reiki ou Qi Anmo ? La magique et le merveilleux ou une certaine approche des soins énergétiques




Le caractère chinois Ling (3187e caractère du dictionnaire Ricci) se traduit par Rei en japonais.

Si on ajoute à Rei le caractère Qi (en chinois) ou Ki (en japonais), on obtient donc le mot Reiki, du nom de la méthode de soin créée et développée par Mikao Usui (1865 - 1926).

Le Reiki est souvent traduit par : énergie universelle. Ce qui n'est d'ailleurs pas la traduction exacte du japonais... Rei, signifie : esprit et Ki : énergie. La traduction la plus simple de Reiki est donc : "énergie spirituelle". 

Il est intéressant, par ailleurs, de se pencher sur le caractère chinois qui lui correspond, un peu comme on le ferait d'un mot français en recherchant son origine latine.

Ling, en chinois, signifie "magique, sacré, merveilleux". Voilà qu'un rapprochement gênant se fait entre Rei et "magique, sacré, merveilleux" ; gênant, car basculer alors dans une forme de "pensée magique" devient un biais que malheureusement beaucoup ont encouragé en promulguant des discours et des idées sûrement sincères mais Ô combien contreproductives !

En effet, quand on arpente les voies diverses et variées (et parfois avariées) du Net, le mot Reiki se trouve associé à des "formules magiques" pour le moins étranges : "dénouer les contractures énergétiques" / "résonnances méditatives et énergétiques transformantes" / "apprentissage expérientiel à travers un vécu intérieur" / "augmenter le taux vibratoire" / "rééquilibrer le flux énergétique" / "comprendre le reiki par la physique quantique" / ...

On parle alors de "vertus avérées", listées à n'en plus finir. Et pour défendre une qualité de soin permettant de satisfaire ces "vertus reikiennes" des "formations diplômantes" et des "annuaires de thérapeutes reconnus" fleurissent...

J'ai été moi-même initié au Reiki (méthode Reiki Usui). J'ai suivi une formation, qui m'a délivré un diplôme. J'ai payé cela très cher (500 € le niveau 1 ; 750 € le niveau 2), et j'ai eu la chance, avant de m'engager dans le 3eme et dernier niveau (1500 €), de rencontrer un enseignant de Reiki qui m'a permis de tout reprendre à zéro (sans rien payer cette fois-ci. Ouf ! Merci M. ROUX !)

Comme un bonheur n'arrive jamais seul, j'ai découvert des liens entre le Qi Gong et le Reiki, le taoïsme de l'école du Ling Bao Ming et le shinto japonais, et j'ai ainsi pu arrêter de dépenser de l'argent, tout en obtenant (heureusement !) des résultats.

Le merveilleux et le magique...

Il est merveilleux de sortir d'une séance d'ostéopathie en ne ressentant plus la douleur lombaire avec laquelle nous étions arrivés. Il est aussi merveilleux quand on prend un cachet d'aspirine de ne plus avoir mal à la tête ensuite.

Ce merveilleux peut être quelque peu magique : en effet, comment comprendre la "magie" de la chimie de l'aspirine ou celle de la technique manipulatoire de l'ostéopathe ? On le dit bien souvent : "cette séance était magique !"

Pourtant, tous les ostéopathes ne se valent pas et toutes les séances d'ostéopathies ne sont pas égales, tout comme tous les maux de tête ne disparaissent pas forcément avec un cachet d'aspirine.

Le merveilleux opère et lorsqu'il ne peut être compris ou simplement appréhender, il en devient magique.

Or, le Reiki peut avoir des résultats merveilleux, mais pour autant, il n'en est pas moins une méthode magique.

Comment donc, alors, comprendre son fonctionnement ? 

Depuis que je pratique et enseigne le Qi Gong, revient systématiquement ce besoin d'expliquer - de la part de bon nombre de confrères - ce qu'est le Qi, de parvenir à une définition, voir une analyse, si possible - bien évidemment - scientifique (ce serait super !) ou à minima psychologique...

Or, tout le problème réside avec ces méthodes (Qi Gong, Yoga, Reiki ou autres) qu'elles se pratiquent et s'expérimentent. Lorsqu'on parle de magnétisme ou du pouvoir du "papi qui vit à la campagne et qui enlève le feu", là, étrangement, tout le monde s'accorde pour dire que : "ça ne s'explique pas !" ; "faut pas chercher à comprendre, c'est un don !"... Par contre, lorsqu'on parle du Reiki ou du Qi Gong, là, il faudrait parvenir à fournir une thèse argumentée sur la base d'études en physique quantique et en électromagnétisme, avec des annexes d'études psychiatriques et neuroscientifiques !

Appelons un chat un chat !

Le Reiki a son pendant chinois qui s'appelle le Qi Anmo (j'y reviendrai). Toutes les sociétés traditionnelles ont leurs "maîtres Reiki" : magnétiseurs, enleveurs de feu, chasseurs de verrues, guérisseurs...

"Beaucoup de personnes cherchent à définir le reiki et à l'expliquer en fonction de leur système de croyances. Certains considéreront que le reiki est une énergie venant de dieu, ou des guides reiki, d'autres chercheront plutôt des explications scientifiques. Toutes les théories que l'on peut élaborer au sujet du reiki sont assez réductrices. Le reiki n'est pas simplement une énergie, mais un phénomène bien plus complexe. La seule chose qui est sûre, c'est que pour connaître et comprendre le reiki, il faut le pratiquer. Le reiki existe seulement dans l'instant présent de l'expérience, plus on tente de l'intellectualiser, plus il nous échappe." C. Roux

Je parlais plus haut de Qi Anmo. Qu'est ce que c'est ? Il s'agit, dans la médecine traditionnelle chinoise, de l'une des quatre formes de "massage", où l'on agit uniquement par... imposition des mains et diffusion de l'énergie. Magnétisme ? Pouvoir magique de guérisseur ? J'ai presque envie de dire : "Hum... ça ne s'explique pas... 'Faut pas chercher à comprendre..." 

Toutefois, en rester là, serait juste ironique et ne ferait pas avancer les choses.

Si l'on veut comprendre "comment ça fonctionne" ou "qu'est ce que c'est", il faut accepter d'embrasser un autre regard, ou d'observer les choses d'un autre point de vue.

Le philosophe taoïste Wang Tse Ming proposait une comparaison intéressante entre le massage chinois traditionnel et la calligraphie.

La pierre à encre représente la structure (Ti) : il s'agit des os et des articulations.

Le bâton d'encre représente la forme (Xing) : les muscles et les tendons.

L'eau qui dissout l'encre, c'est l'essence (Jing).

Le pinceau représente l'énergie, le souffle (Qi).

La feuille de papier de riz, c'est l'intention (Yi). Dans le corps, il s'agit de la concentration.

L'image que l'on a en soi, c'est l'esprit (Shen).

La calligraphie, c'est la libération de l'esprit (Zheng Shen).

L'observation de la calligraphie par un autre, c'est la transformation (Hua), c'est ce que produit la calligraphie.

Aussi, à partir de l'assise paisible (Zuo) et stable (Xi), il faut réunir la structure (Ti), la forme (Xing) et l'essence (Jing) au travers du mouvement (Dong).

Il faut amener le pinceau (Qi) vers l'encre formée, qui symbolise l'essence authentique (Zheng Jing).

Le pinceau (Qi) et l'encre préparée (Zheng Jing - l'essence authentique), vont se mêler comme pour créer quelque chose de merveilleux (Ling).

Il faut alors diriger le pinceau (Qi) avec l'intention (Yi) vers la feuille (symbole de la manifestation de l'intention - Yi).

Il convient alors de projeter librement l'esprit (Shen) dans le mouvement qui permet à la calligraphie (l'esprit) de se manifester pour provoquer "autre chose", une transformation, une réalisation (Hua).

Voilà comment ai-je compris (cum prendere - pris avec moi) le Reiki, le Qi et toutes ces notions : comme une réalisation intérieure, similaire à celle que l'on atteint lorsqu'on contemple un tableau ou qu'on écoute une symphonie... Quelque chose d'indéfinissable, mais pourtant de réellement ressenti.

Le Reiki, le Qi Gong, le Yoga... toutes ces méthodes sont souvent présentées avec une ambition à géométrie variable : résoudre les problématiques existentielles, dénouer les nœuds d'énergie, libérer l'âme, dépasser les conflits intérieurs... Mais parfois, l'ambition débouche sur de la prétention...

Me concernant, je m'en réfère à ma pratique, car comme toutes ces méthodes (Qi Gong, méditation, yoga...) la pratique appartient à celui qui la pratique. Dans le cadre du Reiki, comme en massage traditionnel, elle se partage avec un tiers. La méthode appartient donc à celui ou celle qui donne et à celui ou celle qui reçoit.

Il n'y a pas de magie avec le Reiki ; peut être du merveilleux, lorsqu'à la fin d'une séance, on ressent un bien-être (pour celui qui a reçu) et une satisfaction (pour celui qui a donné). Le merveilleux se confirme lorsque celui ou celle qui reçoit profite du Reiki sur le temps long et qu'il dépasse la notion de bien-être pour aborder celle de bonheur. Alors le merveilleux peut effectivement se targuer d'être un peu magique.

Lorsque je diffuse le Qi, je le fais de façon neutre. Je ne pense ni à guérir, ni à résoudre une problématique... 

Je suis médium : entre Ciel et Terre. 

Je favorise ; je permets une rencontre : je suis médiateur. Je mets en relation deux univers : l'Univers lui-même - appelons le "la Nature" - et un être humain, qui ne sait pas (encore) qu'il ne fait qu'Un avec l'Univers ; qu'ils sont de même nature. Le temps de cette rencontre, ils vont apprendre tous deux à se connaître, pour rester ensuite liés et interagissant, je l'espère, le plus longtemps possible... ce qui me permet de m'éclipser et de les laisser entre eux poursuivre leur chemin sereinement...






mardi 3 octobre 2023

Les Six Dragons

 

Point d'acupuncture Hui Yin - Dragon de bronze - Jing Long

Point d'acupuncture 
Qi haï - Dragon de jade Yu Long

Point d'acupuncture Zhong Ting - Dragon de bois Mu Long

Point d'acupuncture Tian Tu - Dragon de soie Jin Long


Point d'acupuncture Yin Tang - Dragon de nuages Yun Long

Point d'acupuncture Bai Hui - Dragon de lumière Mong Long







Le Qi Gong des Trois Trésors

 Trois sections composées de quatre exercices.

Douze mouvements au total + une posture finale.

Section "TERRE"

Le vieux prunier étend ses branches

La grenouille nage dans l'étang

Le gibbon s'empare du fruit

Le jeune cerf joue des bois

Section "ETRE HUMAIN"

La jeune fille (ou la princesse) regarde la fleur de lotus s'épanouir

Amener le buffle à l'enclos

Le paysan sème les graines

Le pêcheur jette le filet

Section "CIEL"

La grue blanche déploie ses ailes

Le dragon remonte au Palais de Jade

L'Arhat prie Bouddha

Six Dragons s'unissent au sommet

Treizième posture : Wu Ji - le sans forme, le non manifesté





San Bao - Trois Trésors

Les trois trésors, San Bao en chinois, font référence à deux notions distinctes :

- Le triptyque composé par la terre, l'être humain et le ciel

- Les trois énergies fondamentales que sont le Jing (l'essence), le Qi (le souffle, la vitalité) et le Shen (l'esprit).

Jing, désigne l'énergie fondamentale de l'être humain. On compare (peut-être à tort) cette notion à l'ADN, ou aux énergies "brutes" du corps.

Le Qi s'apparente souvent à la respiration.

Le Shen, à l'esprit et parfois par extrapolation, à l'âme (si on souhaite y mettre un sens religieux ou mystique).

San Bao peut aussi être traduit par "Trois Pouvoirs". 

Le pouvoir de la Terre, correspond à notre capacité à entretenir nos fonctions vitales essentielles et à les optimiser. Ce pouvoir s'acquiert par la pratique du "juste milieu" et de la tempérance. Dans la conception chinoise des arts énergétiques, entretenir sa vitalité signifie déjà dans un premier temps, ne pas la détruire. L'un de mes enseignants me répétait souvent : "Il ne sert à rien de pratiquer le Qi Gong si tu dois détruire les bienfaits du travail accompli par des excès." Il refusait même d'enseigner aux élèves qui fumaient, avançant l'idée que respirer puis tuer sa respiration avec le goudron était une aberration. Il fallait faire un choix.

Le pouvoir de l'être humain : il s'agit là de notre capacité à communiquer, à établir du lien, et à le faire de façon à générer, là encore, l'accroissement de notre vitalité. Il s'agit ici de s'évertuer à développer des relations apaisantes avec l'Autre, à établir "un partenariat efficace et bienveillant" avec le genre humain. La bienveillance ne signifie pas la complaisance. Il ne s'agit pas là d'avoir une attitude béate, extatique, et de s'effacer, mais bien au contraire, de chercher une rectitude dans nos rapports à l'Autre et aux autres.

Le pouvoir du ciel : de façon très pragmatique, cette dernière étape intègre ce que les chinois désignent par le mot "Hua" : au-delà ; ce qui se transforme. 

J'ai récemment découvert un reportage sur le thème de l'âme, et c'est un reportage qui m'a quelque peu "dérangé". Divers intervenants cherchaient à apporter des définitions, des explications, des témoignages sur cette notion... Beaucoup parlaient d'amour, de silence, de paix infini, de vie à l'état pur, de spiritualité, de trouver du sens, de s'immerger dans un bonheur intérieur, de taire le flot des pensées, de retrouver le silence intérieur, d'aller à la rencontre de ses émotions, de notions d'énergie, de physique quantique, de corps énergétique, de chakras, d'amour de soi, de quête du bonheur, d'expression de gratitude, d'énergie créatrice, etc. Ce qui m'a dérangé c'est l'importance, en filigrane, accordé au "Moi", comme fil de liage à cet écheveau de témoignages.

L'un de mes référents en méditation, M. Tam, racontait son expérience d'emprisonnement alors qu'il était au Vietnam, pendant la guerre. Très pragmatiquement, il expliquait que son souci quotidien était de pouvoir résister à la faim afin de donner sa ration de nourriture à quelqu'un d'autre. Il disait qu'avoir une âme c'est cette capacité à pouvoir faire passer l'autre avant soi ; à prendre conscience des besoins de l'Autre avant les siens ; le bonheur de l'Autre avant le sien. On peut parler d'amour universel, de chemin initiatique, d'absolu, de reliaison, d'état joyeux... J'ai retenu cette simple notion de vie de mon Maître comme toise nécessaire à ce "pouvoir du ciel". 

Si l'égo de mon confort, de mon plaisir, de mes "petites satisfactions personnelles", de mes "petites distractions", de mes "petits plaisirs" prédominent vis-à-vis du bonheur de l'Autre, de ses besoins, de son bonheur, alors je mesure moi-même mes limites et le travail qui me reste à faire. C'est simple, pragmatique et extrêmement concret : c'est le pouvoir du Ciel qui relie le pouvoir de l'être humain au pouvoir de la terre.






 





L’attitude juste envers un maître et la pratique

  Dans les arts martiaux traditionnels d’Asie, la relation entre l’élève et l’enseignant ne repose ni sur la soumission aveugle ni sur une...