dimanche 9 novembre 2025

Kata, Tào lù ou Bài quyền … Utile ? Non. Nécessaire !

 



/ (Kata) - Japon

Sens littéral : forme, moule, modèle, schéma, patron

套路 (Tào lù) - Chine

Traduction littérale :

    • (tào) : envelopper, emboîter, ensemble, série, modèle.
    • () : chemin, voie, parcours, route.

Sens littéral complet : « ensemble de mouvements sur un chemin » ou « parcours structuré ».

Bài quyền - Viêtnam

Sens littéral :

    • Bài () → forme, leçon, rituel, salut, hommage
    • Quyền () → poing, boxe, art du poing

 

Les enchaînements codifiés de mouvements (Kata ou Tào Lù) s’inscrivent dans deux grands courants : les formes dites anciennes et les formes modernes.

Les formes modernes visent la démonstration des qualités physiques du pratiquant. Elles privilégient les acrobaties ; et, lorsqu’elles sont exécutées avec des armes, celles-ci sont souvent légères, souples, adaptées aux exigences spectaculaires.


Les formes anciennes, quant à elles, sont comparables à une œuvre de maître en peinture ou en musique. Elles résultent d’une réflexion personnelle de combattants qui ont cherché à agréger, dans une séquence complète et codifiée, l’essentiel de leur art — pour le combat à mains nues ou aux armes.

Leur intérêt ne se limitait pas à la transmission individuelle : elles permettaient également de former rapidement un groupe, en enseignant aux membres les mouvements fondamentaux nécessaires à l’affrontement. Ces formes furent d’abord des exercices de préparation militaire.


Mais au fil du temps, elles ont dépassé leur fonction guerrière pour devenir des voies d’expression, des poèmes du corps.

Il reste difficile, pour les sociétés occidentales dont la pensée s’est construite autour de la performance, de la compétition et du culte de l’exploit, de saisir non seulement l’utilité du Bài Quyền ou du Kata, mais plus encore leur nécessité.
Lorsque l’on conçoit le corps comme un instrument de dépassement et de glorification de la douleur, il devient ardu d’imaginer qu’une séquence de mouvements non compétitive, parfois accompagnée d’un poème ou d’une musique, puisse être un chemin de connaissance de soi et de structuration intérieure.

Pour les Occidentaux qui recherchent avant tout à entretenir leur vitalité, qui cultivent un esprit de paix et pour qui le corps doit permettre à l’esprit de s’élever en harmonie avec les autres, le Kata est en général compris, et son travail, accepté.

Car ils y reconnaissent un chemin familier : celui d’un mouvement conscient, d’un souffle accordé, d’une attention tournée vers la présence. Le Kata n’est plus alors un vestige d’art militaire, mais un art de vivre.



Là où la compétition isole, la forme codifiée relie.
Elle relie le pratiquant à lui-même, d’abord, par la répétition qui polit les angles de la volonté ; elle le relie ensuite aux autres, car chaque geste juste, chaque posture tenue dans le silence, est une promesse de paix adressée au monde.

Mais elle relie aussi le présent au fil du temps : à chaque mouvement, le pratiquant retrouve le souffle des anciens, ceux qui ont façonné ces formes avant lui, et qui continuent de vivre à travers elles. En exécutant un Kata, il dialogue avec leur mémoire.




Et ce dialogue, à son tour, ouvre l’avenir : car ce même geste, patiemment travaillé, devient un chemin intérieur. Il conduit chacun vers une plus grande harmonie entre l’esprit, le corps et l’intelligence du cœur. Non pas pour se dépasser contre soi, mais pour se développer avec soi — dans le respect de ses limites, et la gratitude du chemin parcouru.

Dans cette perspective, le Kata n’est plus un exercice du corps, mais une conversation entre le visible et l’invisible : entre l’intention et l’action, le souffle et la matière, l’instant et la mémoire du geste.

Ainsi, qu’il soit japonais, chinois ou vietnamien, le Kata — ou Tào Lù, ou Bài quyền — incarne la même aspiration : celle d’un être humain qui, par le mouvement, cherche à remettre en ordre ce qui, en lui et autour de lui, tend vers le déséquilibre.

On retrouve les origines du Kata dans les anciennes danses rituelles : elles étaient à la fois prières en mouvement et ponts dressés entre l’invisible et le visible.
Ces formes, héritées du chamanisme et des traditions initiatiques d’Asie, exprimaient l’interaction entre la matière et le spirituel.



Les formes codifiées anciennes portent en elles toute la richesse de la culture de l’Extrême-Orient : elles traduisent les principes de la médecine traditionnelle, l’énergétique, et la philosophie du Tao, qui établit un lien vivant entre le microcosme du pratiquant et le macrocosme du monde.

Si les mouvements servent bien à l’autodéfense, ils la conçoivent dans une vision globale : se défendre contre une agression physique, certes, mais aussi renforcer son corps face aux déséquilibres de l’environnement — le froid, la chaleur, l’humidité, les virus ou les bactéries.

Ces mouvements se récitent comme un poème. Ils unissent la culture du geste à celle de la pensée. Le pratiquant n’y « dépose pas son cerveau », ne cherche ni à se « défouler » ni à se « vider », comme le veut souvent la logique sportive occidentale : il cherche au contraire à se reconnecter, à se remplir, à s’apaiser.

Par la répétition du Kata, il retrouve le sens du rituel : un mouvement qui soigne, relie et éclaire — autant le corps que l’esprit.

 





dimanche 19 octobre 2025

Le Fā Jìn et le Chán Sī Jìn : deux façons d'explorer la notion de force dans les boxes internes

 Le Fā Jìn (發勁) et le Chán Sī Jìn (纏絲勁), souvent traduits respectivement par force qui explose et force qui s’enroule.




Le Fā Jìn (發勁)

La libération de la force

Le Fā Jìn désigne l’expression soudaine, précise et contrôlée de la puissance interne. On le traduit parfois par « émettre la force » ou « relâcher l’énergie », mais le mot jìn ne renvoie pas à une simple contraction musculaire : il s’agit d’une force transformée, issue de la coordination entre le souffle (), la structure corporelle et l’intention ().

Le Fā Jìn se manifeste lorsqu’une tension interne, accumulée dans le champ de cinabre (dāntián), est libérée de façon instantanée. Ce jaillissement rappelle la détente d’un ressort : le corps entier participe au mouvement, de la racine jusqu’à l’extrémité, sans rupture ni effort visible.

L’explosion du jìn ne dépend pas de la vitesse, mais de la synchronisation parfaite entre enracinement, relâchement et intention. C’est une onde de force qui traverse le corps en un seul instant, le plus souvent invisible jusqu’à son point d’impact.
Ainsi, le Fā Jìn est la manifestation externe d’un processus interne : l’esprit commande, l’intention guide, le souffle suit, et le corps répond.

On peut dire que le Fā Jìn représente l’aboutissement du mouvement — le moment où l’énergie, après s’être concentrée, s’exprime dans le monde visible.


Le Chán Sī Jìn (纏絲勁)

La force qui s’enroule

Le Chán Sī Jìn, littéralement « force du fil de soie », décrit la manière dont le mouvement se développe à l’intérieur du corps avant d’être libéré. L’image provient du geste délicat du tisserand qui déroule un cocon de soie : trop de tension, le fil se rompt ; trop peu, il s’emmêle.

Cette métaphore illustre l’essence du Chán Sī Jìn : un mouvement continu, spiralé, enraciné dans la détente. Il relie toutes les articulations dans un flux hélicoïdal, du sol jusqu’à la main, permettant à la force de s’accumuler, de se transformer et de circuler sans interruption.

Sur le plan biomécanique, le Chán Sī Jìn développe la torsion douce et la connexion interne : les muscles profonds, les tendons et les méridiens travaillent ensemble dans un mouvement de spirale, qui enroule puis déroule la force. Sur le plan énergétique, il représente la mise en circulation du qì à travers les neuf sections du corps, préparant la libération du jìn.

Le Chán Sī Jìn est donc la racine du Fā Jìn. Il structure le corps, harmonise les six correspondances internes et externes, et tisse la continuité nécessaire pour qu’au moment voulu, la force puisse se manifester sans effort apparent.


Deux forces, une même origine



Le Chán Sī Jìn et le Fā Jìn ne sont pas deux techniques distinctes, mais deux phases d’un même processus énergétique.

  • Le premier tisse, enroule, condense.

  • Le second détend, libère, propage.

Le pratiquant de haut niveau ne les sépare plus : chaque enroulement contient déjà le potentiel d’une explosion, chaque explosion naît d’un enroulement préparatoire. Dans cette alternance — contraction spiralée et expansion radiale — le corps retrouve le rythme fondamental du yin et du yang, du souffle qui s’enfonce et du souffle qui jaillit.

On pourrait dire que le Chán Sī Jìn est le geste du ciel qui s’enroule, et le Fā Jìn, la réponse de la terre qui éclate. Ensemble, ils enseignent que la véritable puissance n’est pas dans la force brute, mais dans la continuité du mouvement intérieur, où rien ne s’interrompt, où tout circule.

Les Six Harmonies et les Neuf Sections

 



Essai sur la dynamique interne du mouvement martial

Dans les arts martiaux internes, la compréhension du mouvement ne se limite pas à la mécanique des gestes. Elle repose sur une perception globale du corps comme un tout unifié, où chaque articulation, chaque souffle, chaque intention participe à la circulation de la force. Deux concepts fondamentaux structurent cette vision : les Six Harmonies (六和 liù hé) et les Neuf Sections. Ensemble, ils décrivent la manière dont la puissance naît, circule et s’exprime à travers le pratiquant.

Les Six Harmonies établissent d’abord les correspondances nécessaires entre les différentes parties du corps et les plans de la conscience. Les trois harmonies externes concernent les relations physiques : l’épaule s’accorde avec la hanche, le coude avec le genou, la main avec le pied. Ces connexions assurent que le mouvement, initié depuis la racine, se propage sans rupture jusqu’à l’extrémité. Ainsi, la hanche est la racine du mouvement, le genou son centre, et le pied son point de libération. De même, l’épaule enracine la puissance du bras, le coude la dirige, et la main la manifeste.

À ce schéma corporel répondent les trois harmonies internes, qui décrivent la continuité entre l’esprit (神 shén), l’intention (意 yì), le souffle (氣 qì) et la force (勁力 jìn lì). L’esprit engendre l’intention, l’intention guide le souffle, et le souffle anime la force. La puissance véritable ne dépend donc pas seulement de la structure physique, mais d’un alignement profond entre la pensée, l’énergie et le corps. Lorsque ces dimensions s’accordent, le geste devient l’expression naturelle d’un flux intérieur.



Les Neuf Sections prolongent cette idée en divisant le corps en neuf segments interdépendants, de la racine jusqu’aux extrémités. Elles rappellent que le corps agit comme une chaîne continue, où chaque section soutient et relaie la précédente. La source du mouvement réside dans le tronc : c’est là que s’ancrent la stabilité, la respiration et la transformation du souffle en force.



Au cœur de ce système se trouve le champ de cinabre (丹田 dāntián), centre énergétique du corps et pivot de la dynamique interne. Les maîtres le décrivent comme un ressort : lorsque le corps se détend, le s’y rassemble et s’y comprime ; lorsque le mouvement s’initie, ce ressort libère l’énergie qui se propage à travers la colonne, les épaules, les hanches et les membres. C’est du dāntián que le mouvement prend naissance, non des bras ni des jambes. « Émettre depuis la racine, transformer au centre, atteindre par l’extrémité » : cette maxime résume l’art de transmettre la force sans perte ni dispersion.

La médecine traditionnelle chinoise éclaire cette mécanique subtile à travers les méridiens tendino-musculaires. Les forces d’expansion, de poussée et de soulèvement circulent le long des méridiens yáng du dos et des membres postérieurs ; les forces de fermeture et de contraction agissent sur les méridiens yīn situés à l’avant du corps. On retrouve ce même principe dans la nature : le dos d’un guépard s’ouvre lorsqu’il bondit et se referme lorsqu’il se replie, alternant sans cesse entre expansion (yáng) et contraction (yīn).

Ainsi, la théorie des Six Harmonies et des Neuf Sections enseigne que le corps, le souffle et l’esprit ne sont pas des domaines séparés mais les aspects d’un même flux. La force (jìn) ne résulte pas d’un effort musculaire, mais d’une unité dynamique entre la structure, la respiration et l’intention. Lorsque cette unité est atteinte, le mouvement devient libre, naturel, et la puissance intérieure jaillit sans contrainte — non comme une explosion brutale, mais comme le prolongement harmonieux d’une énergie enracinée dans le centre de l’être.






samedi 18 octobre 2025

Les arts martiaux de la région de Bình Định, au Viêt Nam

 

Dans la province de Bình Định, au centre-sud du Viêt Nam, s’est développée une longue tradition martiale appelée Võ Bình Định. Elle trouve ses racines dans la défense du territoire et connut un essor particulier au XVIII siècle, sous l’impulsion de la dynastie Tây Sơn.

Cette forme martiale se distingue par une grande diversité de styles et d’armes — mains nues, bâtons, épées, lances — et par une philosophie qui associe puissance, agilité et maîtrise de soi. Les techniques allient des attaques rapides à des déplacements vifs, dans une recherche d’équilibre entre force et fluidité.

Les arts martiaux de Bình Định portent aussi une dimension culturelle forte : ils étaient pratiqués dans les villages, transmis au sein des familles, et enseignés aussi bien aux hommes qu’aux femmes. L’expression populaire « Trai An Thái, gái An Vinh » (« les hommes An Thái, les femmes An Vinh ») rappelle d’ailleurs deux des grands styles régionaux.

Sous les Tây Sơn, ces arts connurent un véritable âge d’or : ils faisaient partie de l’entraînement militaire et furent largement diffusés à travers le pays. Aujourd’hui encore, le Võ Bình Định est reconnu comme un patrimoine immatériel national et demeure vivant dans de nombreuses écoles et villages où la tradition se perpétue.

Plus qu’un ensemble de techniques de combat, il représente un héritage culturel et spirituel du Viêt Nam, où le corps, la mémoire, le lieu et l’esprit se rejoignent.

Du XI au XIV siècle, le Đại Việt (ancien Viêt Nam) développa une tradition militaire puissante, fondée sur une cavalerie aguerrie et une organisation stratégique d’une grande précision.
Sous les dynasties des (1010-1225) puis des Trần (1225-1413), l’armée vietnamienne atteignit un haut degré de discipline et d’efficacité, jouant un rôle déterminant dans la défense du royaume face aux puissances voisines.

Sous les Lý, l’empereur Lý Thánh Tông mit en place en 1059 un Statut Militaire divisant les troupes en huit enseignes, chacune formée de cavaliers et d’artilleurs. L’armée comptait alors plusieurs corps spécialisés : troupes principales, forces cantonnées, unités mobiles et gardes de citadelles. Cette organisation contribua à la victoire du général Lý Thường Kiệt, qui repoussa les armées chinoises des Song et pacifia le Champa, consolidant la puissance du Đại Việt.



La dynastie des Trần perfectionna ensuite ce modèle. L’empereur Trần Thái Tông structura l’armée en différentes classes et armées d’élite, réparties sur tout le territoire. La force militaire des Trần, forte de plusieurs centaines de milliers d’hommes, intégrait cavalerie, infanterie et marine sous un commandement centralisé. Grâce à cette organisation et à l’union du peuple, le généralissime Trần Hưng Đạo remporta de grandes victoires contre les invasions mongoles aux XIII siècle, notamment lors des batailles de Bạch Đằng, Hàm Tử et Chương Dương.

Ces victoires illustrent la combinaison d’un art militaire élaboré, d’une maîtrise équestre remarquable et d’une cohésion nationale exceptionnelle. Elles ont durablement marqué l’histoire du Viêt Nam et inspiré le respect de nations voisines comme le Japon.




vendredi 26 septembre 2025

Le Dojo : l'espace de pratique des arts martiaux japonais... et l'espace propice à développer notre humanité.

 

Le Dôjô : sens, usages et cadre traditionnel



1) Retrouver le sens du mot

Un Dôjô n’est pas seulement une salle couverte de tatamis. C’est un espace pensé pour élever l’homme autant que son art.
Dans la tradition bouddhique, il rejoint le Bodhimanda, le « lieu de l’éveil », enceinte symbolique où l’on progresse vers la clarté intérieure.
Pratiquer dans un Dôjô, c’est donc moins « faire du sport » que s’engager dans une école du corps, du cœur et de l’esprit.

2) Origines, étymologie et portée

Le mot Dō/Dao/Tao signifie « voie », mais cette voie n’est pas une route extérieure : c’est un chemin intérieur qui commence, porte et aboutit.
Étymologiquement, il désigne la trace imprimée par le chef de clan, geste fondateur qui indique la direction à suivre.
Confucius rappelait que la Voie se construit moitié par l’étude, moitié par l’enseignement : la progression personnelle et la transmission collective s’y complètent, comme deux faces d’une même marche.

3) Cadre historique et orientation

Dès l’ère Heian (794), le Japon a fixé des règles précises d’orientation du Dôjô.
Cette organisation, inspirée du Feng Shui chinois, relie le lieu aux forces de la nature et place la pratique dans un temps suspendu.
Ainsi, un salut exécuté aujourd’hui fait écho à ceux d’hier : entrer dans un Dôjô, c’est entrer dans une continuité millénaire.

4) Triptyque : Shinza – Kamiza – Shimoza

  • Au Nord, le Shinza : « l’assise du cœur-esprit », centre sacré qui représente l’origine spirituelle du lieu.

  • À l’Est, le Kamiza : « place d’honneur », dédié aux kami protecteurs, souvent marqué par un bonsaï, une calligraphie, un sabre ou un autel.

  • À l’Ouest, le Shimoza : « assise des ancêtres », mémoire vivante des traditions et de ceux qui nous ont précédés.

  • Devant le Shinza se trouve le Tokonoma, niche ou autel, où l’on dépose des objets symboliques (miroir, épée, joyau, calligraphies). C’est le lieu où l’invisible prend forme.

5) Zones, hiérarchie et places

Une ligne invisible traverse le Dôjô : le Seitchū-sen, axe du monde.

  • Du côté droit (Migi-gawa), près du Kamiza, s’installent les anciens : c’est le lieu de l’expérience, où le temps parle à voix basse.

  • Du côté gauche (Hidari-gawa), près de l’entrée, se placent les débutants : là où le chemin commence.
    Cette disposition exprime une règle essentielle : l’ancien précède le nouveau (Sempai/Kōhai). Et le Sensei n’est pas un maître absolu, mais simplement celui qui marche devant et éclaire le passage.

6) Entrée, déplacements, étiquette

Franchir le seuil du Dôjô, c’est laisser ses préoccupations dehors et reconnaître la valeur de l’espace.
On salue en entrant, on évite de marcher sur l’axe central, on ne tourne pas le dos au Kamiza. Chaque pas se fait avec attention, car il engage la relation aux autres.
On ne traverse pas l’espace d’un ancien sans lui demander l’autorisation : la courtoisie protège comme une garde invisible.
Et l’on ne quitte jamais le tatami sans en avertir l’enseignant, car veiller sur soi, c’est aussi veiller sur la communauté.

7) Saluts (Rei)

Le salut n’est pas un geste vide : il est l’âme du Dôjô.
Il exprime un souhait de vie, de santé, de sérénité.
On salue d’abord le lieu et ce qu’il incarne, puis la transmission — le fondateur, les enseignants, les anciens —, et enfin le partenaire et les outils de pratique, car ils rendent possible l’apprentissage.
Le salut cérémoniel (Reihō) rythme le cours : posture assise (Seiza), quelques instants de méditation (Mokusō), salut au Kamiza, puis salut au Sensei. On se relie ainsi à la Voie avant d’agir.

8) Grades, titres et progression

La fameuse ceinture noire (Shodan) ne consacre pas un aboutissement : elle marque le véritable début de la pratique.
Les ceintures de couleur guident les pas des débutants, mais c’est l’assiduité qui sculpte l’élève.
Au-delà des grades, certains titres distinguent des étapes : Monshi (celui qui entre), Renshi (celui qui s’affermit), Hanshi (celui qui a tout reçu et peut transmettre). Ces titres rappellent que l’expérience se mesure à la profondeur du don, plus qu’à la hauteur du rang.
À partir du premier Dan, on n’« essaie » plus un art : on rejoint une École (Ryū), une lignée, une mémoire.

9) Entretien, propreté, hygiène

Nettoyer le Dôjô, c’est faire de la propreté un enseignement. Jadis, même les ceintures noires balayaient le tatami : non par contrainte, mais par honneur.
Les anciens tatamis de paille respiraient et absorbaient les chocs ; les mousses modernes offrent confort, mais exigent plus de vigilance.
Un Dôjô poussiéreux trahit une pratique négligée. Un Dôjô propre, au contraire, reflète la rigueur intérieure de ses pratiquants.

10) Tradition vs dérives

La tradition n’est pas un folklore figé : c’est un cadre vivant qui protège et élève.
Elle aide à distinguer l’authentique de la caricature, la pédagogie sincère du rituel creux.
Un enseignant fidèle à la tradition ne cherche pas à dominer : il met sa voix au service de la Voie.

11) Repères complémentaires

  • Dans le mot Karatedō, l’ancien caractère Kara renvoyait à la Chine et aux ancêtres ; il fut remplacé par le « vide » dans les années 1930 : signe des influences politiques sur la tradition.

  • Le Shintō, voie des esprits, rappelle que la pratique honore la nature et l’harmonie.

  • L’aire d’attente (Hikae-seki) marquait l’accueil du profane : chacun y recevait une plaque de bois à son nom, signe tangible de son inscription dans la lignée.


Résumé final

Un Dôjô n’est pas une salle, mais un microcosme : un lieu où l’espace, le temps, les gestes et la mémoire s’accordent pour construire l’homme.
Sa disposition éduque, son étiquette protège, ses saluts rassemblent, son entretien purifie.
Entrer dans un Dôjô, c’est s’engager dans la Voie, à la croisée de l’étude et de l’enseignement, pour que la pratique devienne plus qu’un art : une élévation partagée.




lundi 22 septembre 2025

Le San Yi Quan 三一拳





Le San Yi Quan 三一拳 (sān yīquán) se traduit littéralement par Poing des Trois Un. On le désigne souvent comme Poing des Trois Harmonies.
Il s’agit d’un art de la bravoure plus que d’un « art martial », selon son transmetteur en France, Georges Charles. La pensée confucéenne définit en effet le brave comme celui qui s’oppose à la violence sans l’exercer. Cette idée rejoint l’idéogramme
(wǔshù) :

  • Wu : une main qui arrête une arme, talisman protecteur.
  • Shu : savoir et savoir-faire, au sens artisanal.

On est donc loin des images guerrières des films ou combats de spectacle : le wǔshù cultive au contraire l’éthique, la vitalité et l’harmonie avec la nature, les autres et soi-même, selon les fondements confucéens, taoïstes et bouddhistes.

Le San Yi Quan illustre cette démarche : unir le mouvement à la pensée, harmoniser cœur et esprit.
Il fut transmis en France par Maître Wang Tse Ming (né à Canton en 1909, installé en France en 1949) à son élève Georges Charles, qui hérita de l’école en 1979. Avec son maître, il choisit le nom San Yi Quan en référence à la tradition confucéenne, bien que l’école soit rattachée au Xing Yi Quan
形意拳 (Poing de l’Unité prenant forme).

Pour rendre accessible cet art complexe, Wang Tse Ming recommanda d’introduire trois boxes externes, permettant de travailler les différentes distances :

  • Hung Gar (distance longue)
  • Wing Chun (courte)
  • Tang Lang Quan (intermédiaire)

Ces approches externes ouvrent ensuite vers la pratique interne du Xing Yi Quan, transmise ici dans son courant naturel (Ziran Men), fondé sur l’économie de mouvement et la dynamique des cinq éléments (Wu Xing 五行) : feu, eau, bois, métal, terre.


Transmission en France

J’ai commencé l’étude auprès de Georges Charles en 1999, qui m’a remis le diplôme d’enseignant en 2004.
Auparavant, j’avais étudié douze ans à l’école traditionnelle vietnamienne Sa Long Cương (Binh-Dinh), riche de l’héritage sino-vietnamien et des « Dix-Huit Armes ». J’ai aussi enrichi ma pratique par le Jeet Kune Do et les arts philippins auprès de Richard Mugica.

Aujourd’hui, mon enseignement du San Yi Quan articule :

  • les arts vietnamiens de Binh-Dinh,
  • le Wing Chun (approfondi par le Jeet Kune Do),
  • et le Xing Yi Quan (courant interne transmis par Georges Charles).

Cette pédagogie cherche les points communs entre traditions, et s’appuie sur les vertus confucéennes (respect, bonté, équité), taoïstes et bouddhistes (apaisement, vitalité).



 

Les cinq degrés d’apprentissage

L’enseignement est structuré en cinq degrés, liés aux couleurs et aux cinq éléments (Wu Xing). Je parle de « degrés » plutôt que de grades : il ne s’agit pas de hiérarchie, mais d’un chemin de maturation. Chaque degré associe une couleur, un élément, une image, et une vertu.


1. Le degré Noir – Eau

C’est celui du débutant.

  • État d’esprit attendu : curiosité, implication, humilité.
  • Sens symbolique : l’eau, discrète mais tenace, qui s’infiltre partout. L’élève est comme un cours d’eau naissant, appelé à rejoindre fleuves et océans.
  • Attitudes : apprendre les bases techniques, mais aussi l’esprit de l’école : ranger et entretenir les armes, préparer la salle, observer les rites.
  • Vertu associée : respect des rites. Sans implication, il n’y a pas d’explication possible du maître, ni d’application juste de l’enseignement.

2. Le degré Vert – Bois

C’est celui de l’élève en progression.

  • État d’esprit attendu : constance, autonomie, confiance.
  • Sens symbolique : le bois, qui croît et se fortifie. L’élève devient un arbre en croissance, solide mais encore souple.
  • Attitudes : il n’attend plus qu’on lui dise quoi faire : il prépare, range, entretient de lui-même. Il explique les principes de vie commune aux débutants.
  • Vertu associée : confiance. L’enseignant peut s’appuyer sur lui. La vertu du respect est acquise, vient maintenant celle de la loyauté et de la fiabilité.

3. Le degré Rouge – Feu

C’est celui de l’élève avancé.

  • État d’esprit attendu : engagement, responsabilité, équité.
  • Sens symbolique : le feu, foyer qui réchauffe et éclaire. L’élève devient le bras droit de l’enseignant.
  • Attitudes : il aide à organiser, relayer, corriger les techniques ; il soutient les autres, prévient les conflits, favorise l’esprit d’école.
  • Vertu associée : justice et équité. Après respect et confiance, il incarne la capacité de réguler et de maintenir l’harmonie collective.

4. Le degré Jaune – Terre

C’est celui de l’élève confirmé, devenu transmetteur.

  • État d’esprit attendu : fiabilité, générosité, souci de la tradition.
  • Sens symbolique : la terre, solide et fertile, sur laquelle on bâtit et où l’on plante.
  • Attitudes : il peut prendre en charge une école, enseigner sans réserve, transmettre le savoir et les savoir-faire sans esprit de secret ni de préférence.
  • Vertu associée : bonté. L’élève jaune est garant de la continuité : il assure que l’art se perpétue dans le temps et garde son essence.

5. Le degré Blanc – Métal

C’est l’élève accompli, qui a formé à son tour des enseignants.

  • État d’esprit attendu : sagesse, discernement, vigilance.
  • Sens symbolique : le métal, épée tranchante capable de détruire ou de protéger. Symbole d’autorité et de responsabilité.
  • Attitudes : il assure que les enseignants qu’il forme restent fidèles aux valeurs de l’école, et veille à l’esprit des arts de la bravoure.
  • Vertu associée : sagesse. Après avoir intégré respect, confiance, équité et bonté, il devient un guide qui perpétue la tradition dans sa totalité.



  

dimanche 9 février 2025

Introspection et responsabilités de l'ascète spirituel

 




Je prends la ferme résolution de retourner à la vraie nature de la sérénité / de retourner à la vraie nature de l’énergie spirituelle / de retourner à la vraie nature des responsabilités envers le ciel et la terre, comme envers les êtres et les choses.

 

Cet engagement, récité au début de l’ascèse spirituelle du Shen Gong Wu Wei, a une fonction très particulière. Elle a pour vocation de canaliser l’esprit afin de le diriger vers des principes qui favorisent l’éveil et le développement spirituel.

La récitation des mantras liés à des noms de bouddhas ou de bodhisattvas du panthéon bouddhiste, nous permet de nous mettre en relation avec les principes spirituels portés par ces être, et nos propres principes.

Ainsi le bouddha Amitabha (bouddha de la lumière infinie) nous incite à éveiller en nous notre lumière intérieure, notre lucidité et notre sérénité.

Avalokitésvara incarne la compassion infinie et Matreya est le symbole de la joie infinie.

Aussi, quand on récite les trois résolutions citées au début de ce texte, la pratiquante ou le pratiquant de l’ascèse spirituelle, prend refuge (c’est l’expression) dans le bouddha (l’Eveillé), le dharma (les enseignements) et le sangha (la communauté).

Prendre refuge dans le bouddha, c’est suivre la voie spirituelle et chercher à éveiller sa conscience, afin d’atteindre cette maturité d’existence qu’incarne donc cet éveil spirituel et cette réalisation spirituelle du bouddha.

Prendre refuge dans le dharma, cela signifie que l’on adopte les lois qui régissent la vie de l’ascète visant à atteindre l’état de bouddhéité.

Prendre refuge dans le sangha, la communauté, a un sens qui mérite ici d’être détaillé, car il conclut ou initie (c’est au choix) les deux autres engagements.

Le sangha, la communauté, indique l’ensemble des êtres et des choses, le ciel et la terre, dans le sens ou l’être spirituel qui travaille à se perfectionner, se reconnait comme participant à la vie et au vivant. S’engager à prendre la ferme résolution de retourner à la vraie nature des responsabilités envers le ciel et la terre, comme envers les êtres et les choses, est le point de départ essentiel et fondamental de tout enseignement spirituel.

Les maîtres avec qui j’ai étudié, que cela soit dans les méthodes d’obédiences bouddhiste, taoïste, shinto, yogique ou chrétienne, m’ont tous et toutes fait un jour cette remarque — formulée pour chacun à sa façon — que rien ne sert de chercher la réalisation spirituelle ou à devenir presque un dieu, si déjà on est pas accompli humainement.

Ils avaient toutes et tous dans leurs discours et enseignements, cette volonté de nous faire comprendre qu’on ne pouvait atteindre la maturité d’existence spirituelle incarnée par le bouddha, si on ne se responsabilisait pas, si on se comportait comme des enfants et si on ne respectaient pas déjà les règles sociales et humaines de la communauté à laquelle on appartient, et aussi si on ne respectait pas le ciel et la terre.

Je ne veux pas rédiger ce texte en donneur de leçons, car je dois m’appliquer à moi-même chaque jour cette rigueur demandée par la responsabilité envers le Sangha. Mais sans cette rigueur, le Dharma ne peut être compris et le Bouddha ne peut être réalisé.

Nous sommes dans un monde étrange qui défend la liberté et les libertés, et qui ne cesse de jour en jour de rejoindre l’enfermement, le repli sur soi et la peur de l’Autre. Nous revendiquons notre droit au plaisir, à la distraction, à l’autonomie et même à la jouissance, mais sans accepter pleinement les devoirs à respecter pour que ce plaisir, cette jouissance et cette autonomie ne deviennent pas simplement un égo démesuré !

Comme je le dis souvent, l’Autre n’est pas le problème ; il est la solution. Pour cela, il convient déjà dans un premier temps que nous ne soyons pas un problème pour l’Autre, mais bien SA solution.

Cette responsabilisation vis-à-vis de la communauté humaine et vis-à-vis du ciel et de la terre, ne nécessite pas de grandes réflexions philosophiques, ni non plus des serments à prendre devant un autel. Il s’agit d’accomplir une simple introspection quotidienne.




Dans la méthode que je suivais étant plus jeune, cette introspection correspondait même à un exercice annexe de la méthode ; exercice que l’on devait pratiquer chaque jour à 5h du matin, au début de la première méditation de la journée.

Cette introspection peut prendre en compte des choses anodines du quotidien, comme des choses beaucoup plus profondes… Les choses anodines du quotidien trouvent des exemples nombreux et faciles avec notre comportement sur la route, car la voiture, les déplacements, nous soumettent à un stress inconscient et très intense. Ce stress est lié à l’accélération, au besoin d’aller vite, et ce besoin trouve des points d’ancrage dans notre cerveau avec des biais de négativité forts et très mobilisateurs de décharges hormonales :

- J’arrive à un rond-point, et au lieu de ralentir parce que je dois céder la priorité, j’accélère pour passer coûte-que-coûte.

- Je vois quelqu’un qui veut traverser et là encore, au lieu de m’arrêter et de respecter le code de la route, j’accélère.

- Je suis pressé, je dois déposer mes enfants chez la nounou, je me gare en double fil plutôt que de faire quelques mètres et de me garer sur une place libre ou dans un parking.

À chaque fois, pour ces trois exemples, nous prenons un risque pour nous-même, nous faisons encourir un risque aux autres, et dans la vision de cause à effet et de lien karmique, nous déclenchons chez l’Autre, de la colère et/ou de la peur.

Nous ne devenons alors pas LA solution de l’Autre, mais bien SON problème. Notre responsabilité se trouve engagée tant physiquement, que spirituellement du fait d’un comportement irresponsable de notre part.

L’introspection spirituelle peut donc prendre pour point de départ des évènements aussi anodins que notre comportement sur la route, que des évènements plus lourds de conséquences avec notre rapport aux gens dans le cadre familial, professionnel, etc.

L’objectif de ce travail introspectif est de parvenir à une compréhension profonde de soi, du rapport aux autres et du rapport aux règles karmiques qui nous lient au bonheur des autres, et à leurs malheurs, à ce qui plaisant ou déplaisant pour autrui et dont nous sommes l’origine.

Pour celles et ceux qui pratiquent la méditation, cet exercice est aussi important que le travail de la respiration ou de la contemplation méditative.

Je vous laisse ci-dessous l’extrait d’un enseignement de mon ancien maître de méditation, monsieur Tam.

Ce texte a été rédigé en 1983. Il a pour titre : « retour à la vérité »




 

Mes chers amis,


Aujourd'hui, nous avons l'occasion de nous réunir ici pour méditer ensemble, développer notre esprit. Avec la méthode pragmatique actuelle, nous avons pratiqué ensemble durant plusieurs jours, plusieurs mois, plusieurs années pour revenir à la structure supranaturelle existant en nous, pour comprendre la nature originelle, entière et parfaite que le principe divin nous a accordée afin que nous ayons une nature vivante, débordante d'amour.

Nous avons vécu plusieurs existences ensemble sur cette terre fertile. Nous nous sommes toujours réincarnés. Nous apprenons la spiritualité, nous la recherchons. Nous nous avançons sur le chemin sur lequel nous devons marcher. Nous sommes obligés de nous avancer. A chaque heure, à chaque minute, à chaque fraction de seconde, des changements se produisent sans cesse à partir de l’obscurité vers la sérénité. L'amour se manifeste de plus en plus dans l'âme de chaque individu.

Nous avons une famille, nous possédons un corps, nous assistons ensemble aux scènes d'actions et de réactions pour pouvoir ressentir clairement l'existence du principe divin et des Bouddhas. Nous avons une issue, un chemin de retour, des conflits pour défaire tous les nœuds dans notre for intérieur.

Par moments, nous n'avons pas d'issue et par moments, nous surmontons très facilement les obstacles. Dans la longue nuit, nous avons appris sans cesse mais qui a su cela ? Notre façon de manger, nos actes, notre sommeil ont changé par le sens de la respiration des énergies en nous. Ces énergies s'harmonisent entre elles, progressent, se développent ensemble, se réunissent et se dispersent clairement dans le principe conscient de chaque individu. Pendant notre sommeil, pendant nos heures de méditation, tout est émouvant, vivant ; nous élargissons de plus en plus nos connaissances sur l'Univers. La pureté, la légèreté en haut font le Ciel ; la lourdeur, l'impureté font la Terre. Vous avez certifié cela avec vos yeux profanes. Les arbres, les fleurs, les fruits luxuriants concourent au développement.

L'humanité a offert automatiquement leur amour vivant à travers la matière, l'argent, la nourriture, le logement, les vêtements, le matériel scientifique et moderne. Ce n'est pas en dehors de l'Amour et de la Spiritualité. Nous pouvons assister à ces situations, bénéficier de ces choses, nous élever selon notre propre niveau existant. Nous savons aimer notre famille, nous savons aimer le principe divin, nous savons penser à notre Origine céleste ; sur le chemin de retour, sur la voie, nous avons marché et nous sommes en train de marcher. Vous avez marché avec moi en plusieurs endroits, vous avez marché avec moi pendant plusieurs instants émouvants. Nous nous sommes aimés les uns-les-autres. Nous ne cessons pas de penser les uns aux autres sur le chemin d'auto avancement et d'auto développement.

Grâce au "bâton" de spiritualité, à la méthode de méditation qui est un outil, nous avons la possibilité de faire une révision de la Barque de Rédemption existant dans le principe conscient de chacun de nous pour voir où elle est abîmée, cassée et nous la réparons, nous la restaurons nous-mêmes puis nous ramons nous-mêmes, nous nous avançons nous-mêmes.

Nous avons marché ensemble. Nous marchons toujours, nous nous corrigeons toujours, nous nous surveillons toujours, nous nous construisons toujours pour attendre le jour où la tempête viendra à nous, mais notre esprit sera toujours calme car nous aurons vu clairement que ce n'est pas en ouvrant les yeux que nous pouvons marcher. En fermant nos yeux profanes et en ouvrant nos yeux spirituels, nous voyons le chemin. Nous avons marché ensemble, nous avons pratiqué ensemble, nous avons fermé les yeux pendant l'heure de méditation, nous avons laissé tomber toutes les choses du monde extérieur pour revenir à la situation réelle, inhérente à nous-mêmes, à la lucidité, la pureté, la légèreté.

Nous ne sommes plus dépendants du monde extérieur et nous ne nous y accrochons plus. Quand nous prenons conscience clairement de cela, nous voyons qu'il est un moyen faisant évoluer notre âme.

(…)




 

 

dimanche 19 janvier 2025

La pratique de la méditation Shen Gong Wu Wei

 Shen Gong Wu Wei : travail de l'esprit par le Non-Agir


Les étapes


1. L'assise : confortable, dos droit, le bout de la langue sur le palais supérieur, la bouche close. Posture du lotus ou du semi lotus ou équivalente, ou sur une chaise. Les yeux sont clos. Le regard regarde loin vers l'avant, à travers les paupières closes. L'esprit est concentré sur le sommet du crâne.




2. L'invocation des mantras et la préparation de l'esprit :

Invoquer mentalement les trois principes : la lucidité (bouddha Amitabha), la compassion (bodhisattva Avalokitésvara) et la joie (Matreya).

Réciter : "Désormais, je prends la ferme résolution de retourner à la vraie nature de la sphère de la lucidité (le bouddha), à la vraie nature de la sphère de l'énergie spirituelle (le dharma), à la vraie nature des responsabilités envers le Ciel et la Terre, comme envers les êtres et les choses.

Réciter 3 fois le mantra de la lucidité.

3. Exercice de concentration de l'énergie : Soi Hôn




4. Exercice de respiration spécifique.



5. Travail de la contemplation méditative : 1ere étape, sans le mudra, puis 2eme étape, avec le Samadhi mudra (attendre l'accord de l'enseignant pour pratiquer avec le mudra de la Samadhi)





6. Exercices d'auto massages de fin de pratique.


Les exercices annexes : 

Exercice de vérification du déblocage du Vaisseau Gouverneur, en huit étapes.

Exercice de respiration omphaloscopique.



Exercice d'introspection des 3 pouvoirs (San Cai).

dimanche 13 octobre 2024

Chamanisme chinois et taoïsme

 


En Chine, le chamanisme se nomme Wu Jiao (Chinois 巫教, pinyin: wū jiào). Le terme Wu signifie indifféremment chamane ou sorcier. Il désigne quelqu’un capable d’être médiateur avec les forces qui génèrent les évènements.

A la fin de la dynastie Shang (1600 – 1046 avant notre ére), Wu désigne indifféremment le ou la sorcière. Il sera genré suivant les dynasties, mais Wu désignera toujours le ou la chamane.

Le chamanisme chinois fait référence à des Ancêtres, c’est-à-dire des êtres humains déifiés parce qu’ils parvinrent à transformer leur nature afin de devenir des dieux.

C’est cette notion en particulier que partagent le chamanisme chinois et le taoïsme.

Sous la dynastie Qing, l’empereur ordonne que soient réglementées les pratiques chamaniques.

Le jésuite français Joseph-Marie Amiot a publié une étude sur le code chamanique, " Rituels des Tartares Mandchous déterminés et fixés par l'empereur comme chef de sa religion " (1773). En 1777, l'empereur Qianlong ordonna que le code soit traduit en chinois pour être inclus dans la Bibliothèque complète des Quatre Trésors

 

Les écoles taoïstes, alors déjà très structurées, profiteront de cet édit impérial pour s’imposer

 

Diverses traditions rituéliques sont donc enracinées dans le chamanisme chinois comme celles du taoïsme populaire contemporain dont les maîtres sont parfois, toujours aujourd’hui, identifiés comme wu (chamans) bien que la plupart des ordres taoïstes ne s'identifient pas comme tels.

Le taoïsme tire cependant certaines de ses origines du chamanisme chinois : il s'est développé autour de la poursuite d'une longue vie ( shou /寿) et de la quête du statut d'immortels xian (, « homme de la montagne », « saint homme »).

 


Kata, Tào lù ou Bài quyền … Utile ? Non. Nécessaire !

  型 / 形 ( Kata ) - Japon Sens littéral : forme , moule , modèle , schéma , patron 套路 (Tào lù) - Chine Traduction littérale : ...