Je prends la ferme
résolution de retourner à la vraie nature de la sérénité / de retourner à la
vraie nature de l’énergie spirituelle / de retourner à la vraie nature des
responsabilités envers le ciel et la terre, comme envers les êtres et les choses.
Cet engagement, récité au début
de l’ascèse spirituelle du Shen Gong Wu Wei, a une fonction très particulière.
Elle a pour vocation de canaliser l’esprit afin de le diriger vers des
principes qui favorisent l’éveil et le développement spirituel.
La récitation des mantras liés à
des noms de bouddhas ou de bodhisattvas du panthéon bouddhiste, nous permet de
nous mettre en relation avec les principes spirituels portés par ces être, et
nos propres principes.
Ainsi le bouddha Amitabha (bouddha
de la lumière infinie) nous incite à éveiller en nous notre lumière intérieure,
notre lucidité et notre sérénité.
Avalokitésvara incarne la
compassion infinie et Matreya est le symbole de la joie infinie.
Aussi, quand on récite les trois résolutions
citées au début de ce texte, la pratiquante ou le pratiquant de l’ascèse
spirituelle, prend refuge (c’est l’expression) dans le bouddha (l’Eveillé), le
dharma (les enseignements) et le sangha (la communauté).
Prendre refuge dans le bouddha, c’est
suivre la voie spirituelle et chercher à éveiller sa conscience, afin d’atteindre
cette maturité d’existence qu’incarne donc cet éveil spirituel et cette
réalisation spirituelle du bouddha.
Prendre refuge dans le dharma,
cela signifie que l’on adopte les lois qui régissent la vie de l’ascète visant
à atteindre l’état de bouddhéité.
Prendre refuge dans le sangha, la
communauté, a un sens qui mérite ici d’être détaillé, car il conclut ou initie
(c’est au choix) les deux autres engagements.
Le sangha, la communauté, indique
l’ensemble des êtres et des choses, le ciel et la terre, dans le sens ou l’être
spirituel qui travaille à se perfectionner, se reconnait comme participant à la
vie et au vivant. S’engager à prendre la ferme résolution de retourner à la
vraie nature des responsabilités envers le ciel et la terre, comme envers les
êtres et les choses, est le point de départ essentiel et fondamental de tout
enseignement spirituel.
Les maîtres avec qui j’ai étudié,
que cela soit dans les méthodes d’obédiences bouddhiste, taoïste, shinto,
yogique ou chrétienne, m’ont tous et toutes fait un jour cette remarque —
formulée pour chacun à sa façon — que rien ne sert de chercher la réalisation
spirituelle ou à devenir presque un dieu, si déjà on est pas accompli
humainement.
Ils avaient toutes et tous dans
leurs discours et enseignements, cette volonté de nous faire comprendre qu’on
ne pouvait atteindre la maturité d’existence spirituelle incarnée par le
bouddha, si on ne se responsabilisait pas, si on se comportait comme des
enfants et si on ne respectaient pas déjà les règles sociales et humaines de la
communauté à laquelle on appartient, et aussi si on ne respectait pas le ciel
et la terre.
Je ne veux pas rédiger ce texte
en donneur de leçons, car je dois m’appliquer à moi-même chaque jour cette
rigueur demandée par la responsabilité envers le Sangha. Mais sans cette
rigueur, le Dharma ne peut être compris et le Bouddha ne peut être réalisé.
Nous sommes dans un monde étrange
qui défend la liberté et les libertés, et qui ne cesse de jour en jour de
rejoindre l’enfermement, le repli sur soi et la peur de l’Autre. Nous
revendiquons notre droit au plaisir, à la distraction, à l’autonomie et même à
la jouissance, mais sans accepter pleinement les devoirs à respecter pour que
ce plaisir, cette jouissance et cette autonomie ne deviennent pas simplement un
égo démesuré !
Comme je le dis souvent, l’Autre
n’est pas le problème ; il est la solution. Pour cela, il convient déjà
dans un premier temps que nous ne soyons pas un problème pour l’Autre, mais bien
SA solution.
Cette responsabilisation vis-à-vis
de la communauté humaine et vis-à-vis du ciel et de la terre, ne nécessite pas
de grandes réflexions philosophiques, ni non plus des serments à prendre devant
un autel. Il s’agit d’accomplir une simple introspection quotidienne.
Dans la méthode que je suivais
étant plus jeune, cette introspection correspondait même à un exercice annexe
de la méthode ; exercice que l’on devait pratiquer chaque jour à 5h du
matin, au début de la première méditation de la journée.
Cette introspection peut prendre
en compte des choses anodines du quotidien, comme des choses beaucoup plus
profondes… Les choses anodines du quotidien trouvent des exemples nombreux et
faciles avec notre comportement sur la route, car la voiture, les déplacements,
nous soumettent à un stress inconscient et très intense. Ce stress est lié à l’accélération,
au besoin d’aller vite, et ce besoin trouve des points d’ancrage dans notre
cerveau avec des biais de négativité forts et très mobilisateurs de décharges
hormonales :
- J’arrive à un rond-point, et au
lieu de ralentir parce que je dois céder la priorité, j’accélère pour passer
coûte-que-coûte.
- Je vois quelqu’un qui veut
traverser et là encore, au lieu de m’arrêter et de respecter le code de la
route, j’accélère.
- Je suis pressé, je dois déposer
mes enfants chez la nounou, je me gare en double fil plutôt que de faire
quelques mètres et de me garer sur une place libre ou dans un parking.
À chaque fois, pour ces trois
exemples, nous prenons un risque pour nous-même, nous faisons encourir un
risque aux autres, et dans la vision de cause à effet et de lien karmique, nous
déclenchons chez l’Autre, de la colère et/ou de la peur.
Nous ne devenons alors pas LA
solution de l’Autre, mais bien SON problème. Notre responsabilité se trouve
engagée tant physiquement, que spirituellement du fait d’un comportement
irresponsable de notre part.
L’introspection spirituelle peut
donc prendre pour point de départ des évènements aussi anodins que notre
comportement sur la route, que des évènements plus lourds de conséquences avec
notre rapport aux gens dans le cadre familial, professionnel, etc.
L’objectif de ce travail
introspectif est de parvenir à une compréhension profonde de soi, du rapport
aux autres et du rapport aux règles karmiques qui nous lient au bonheur des
autres, et à leurs malheurs, à ce qui plaisant ou déplaisant pour autrui et
dont nous sommes l’origine.
Pour celles et ceux qui
pratiquent la méditation, cet exercice est aussi important que le travail de la
respiration ou de la contemplation méditative.
Je vous laisse ci-dessous l’extrait
d’un enseignement de mon ancien maître de méditation, monsieur Tam.
Ce texte a été rédigé en 1983. Il
a pour titre : « retour à la vérité »
Mes chers amis,
Aujourd'hui, nous avons l'occasion de nous réunir ici pour méditer ensemble,
développer notre esprit. Avec la méthode pragmatique actuelle, nous avons
pratiqué ensemble durant plusieurs jours, plusieurs mois, plusieurs années pour
revenir à la structure supranaturelle existant en nous, pour comprendre la
nature originelle, entière et parfaite que le principe divin nous a accordée
afin que nous ayons une nature vivante, débordante d'amour.
Nous avons vécu plusieurs
existences ensemble sur cette terre fertile. Nous nous sommes toujours
réincarnés. Nous apprenons la spiritualité, nous la recherchons. Nous nous
avançons sur le chemin sur lequel nous devons marcher. Nous sommes obligés de
nous avancer. A chaque heure, à chaque minute, à chaque fraction de seconde,
des changements se produisent sans cesse à partir de l’obscurité vers la
sérénité. L'amour se manifeste de plus en plus dans l'âme de chaque individu.
Nous avons une famille, nous
possédons un corps, nous assistons ensemble aux scènes d'actions et de
réactions pour pouvoir ressentir clairement l'existence du principe divin et des
Bouddhas. Nous avons une issue, un chemin de retour, des conflits pour défaire
tous les nœuds dans notre for intérieur.
Par moments, nous n'avons pas
d'issue et par moments, nous surmontons très facilement les obstacles. Dans la
longue nuit, nous avons appris sans cesse mais qui a su cela ? Notre façon de
manger, nos actes, notre sommeil ont changé par le sens de la respiration des énergies
en nous. Ces énergies s'harmonisent entre elles, progressent, se développent
ensemble, se réunissent et se dispersent clairement dans le principe conscient
de chaque individu. Pendant notre sommeil, pendant nos heures de méditation,
tout est émouvant, vivant ; nous élargissons de plus en plus nos connaissances
sur l'Univers. La pureté, la légèreté en haut font le Ciel ; la lourdeur,
l'impureté font la Terre. Vous avez certifié cela avec vos yeux profanes. Les
arbres, les fleurs, les fruits luxuriants concourent au développement.
L'humanité a offert
automatiquement leur amour vivant à travers la matière, l'argent, la
nourriture, le logement, les vêtements, le matériel scientifique et moderne. Ce
n'est pas en dehors de l'Amour et de la Spiritualité. Nous pouvons assister à
ces situations, bénéficier de ces choses, nous élever selon notre propre niveau
existant. Nous savons aimer notre famille, nous savons aimer le principe divin,
nous savons penser à notre Origine céleste ; sur le chemin de retour, sur la
voie, nous avons marché et nous sommes en train de marcher. Vous avez marché
avec moi en plusieurs endroits, vous avez marché avec moi pendant plusieurs
instants émouvants. Nous nous sommes aimés les uns-les-autres. Nous ne cessons
pas de penser les uns aux autres sur le chemin d'auto avancement et
d'auto développement.
Grâce au "bâton" de spiritualité,
à la méthode de méditation qui est un outil, nous avons la possibilité de
faire une révision de la Barque de Rédemption existant dans le principe
conscient de chacun de nous pour voir où elle est abîmée, cassée et nous la
réparons, nous la restaurons nous-mêmes puis nous ramons nous-mêmes, nous nous
avançons nous-mêmes.
Nous avons marché ensemble.
Nous marchons toujours, nous nous corrigeons toujours, nous nous surveillons
toujours, nous nous construisons toujours pour attendre le jour où la tempête
viendra à nous, mais notre esprit sera toujours calme car nous aurons vu
clairement que ce n'est pas en ouvrant les yeux que nous pouvons marcher. En
fermant nos yeux profanes et en ouvrant nos yeux spirituels, nous voyons le
chemin. Nous avons marché ensemble, nous avons pratiqué ensemble, nous avons
fermé les yeux pendant l'heure de méditation, nous avons laissé tomber toutes
les choses du monde extérieur pour revenir à la situation réelle, inhérente à
nous-mêmes, à la lucidité, la pureté, la légèreté.
Nous ne sommes plus dépendants
du monde extérieur et nous ne nous y accrochons plus. Quand nous prenons
conscience clairement de cela, nous voyons qu'il est un moyen faisant évoluer
notre âme.
(…)