dimanche 9 février 2025

Introspection et responsabilités de l'ascète spirituel

 




Je prends la ferme résolution de retourner à la vraie nature de la sérénité / de retourner à la vraie nature de l’énergie spirituelle / de retourner à la vraie nature des responsabilités envers le ciel et la terre, comme envers les êtres et les choses.

 

Cet engagement, récité au début de l’ascèse spirituelle du Shen Gong Wu Wei, a une fonction très particulière. Elle a pour vocation de canaliser l’esprit afin de le diriger vers des principes qui favorisent l’éveil et le développement spirituel.

La récitation des mantras liés à des noms de bouddhas ou de bodhisattvas du panthéon bouddhiste, nous permet de nous mettre en relation avec les principes spirituels portés par ces être, et nos propres principes.

Ainsi le bouddha Amitabha (bouddha de la lumière infinie) nous incite à éveiller en nous notre lumière intérieure, notre lucidité et notre sérénité.

Avalokitésvara incarne la compassion infinie et Matreya est le symbole de la joie infinie.

Aussi, quand on récite les trois résolutions citées au début de ce texte, la pratiquante ou le pratiquant de l’ascèse spirituelle, prend refuge (c’est l’expression) dans le bouddha (l’Eveillé), le dharma (les enseignements) et le sangha (la communauté).

Prendre refuge dans le bouddha, c’est suivre la voie spirituelle et chercher à éveiller sa conscience, afin d’atteindre cette maturité d’existence qu’incarne donc cet éveil spirituel et cette réalisation spirituelle du bouddha.

Prendre refuge dans le dharma, cela signifie que l’on adopte les lois qui régissent la vie de l’ascète visant à atteindre l’état de bouddhéité.

Prendre refuge dans le sangha, la communauté, a un sens qui mérite ici d’être détaillé, car il conclut ou initie (c’est au choix) les deux autres engagements.

Le sangha, la communauté, indique l’ensemble des êtres et des choses, le ciel et la terre, dans le sens ou l’être spirituel qui travaille à se perfectionner, se reconnait comme participant à la vie et au vivant. S’engager à prendre la ferme résolution de retourner à la vraie nature des responsabilités envers le ciel et la terre, comme envers les êtres et les choses, est le point de départ essentiel et fondamental de tout enseignement spirituel.

Les maîtres avec qui j’ai étudié, que cela soit dans les méthodes d’obédiences bouddhiste, taoïste, shinto, yogique ou chrétienne, m’ont tous et toutes fait un jour cette remarque — formulée pour chacun à sa façon — que rien ne sert de chercher la réalisation spirituelle ou à devenir presque un dieu, si déjà on est pas accompli humainement.

Ils avaient toutes et tous dans leurs discours et enseignements, cette volonté de nous faire comprendre qu’on ne pouvait atteindre la maturité d’existence spirituelle incarnée par le bouddha, si on ne se responsabilisait pas, si on se comportait comme des enfants et si on ne respectaient pas déjà les règles sociales et humaines de la communauté à laquelle on appartient, et aussi si on ne respectait pas le ciel et la terre.

Je ne veux pas rédiger ce texte en donneur de leçons, car je dois m’appliquer à moi-même chaque jour cette rigueur demandée par la responsabilité envers le Sangha. Mais sans cette rigueur, le Dharma ne peut être compris et le Bouddha ne peut être réalisé.

Nous sommes dans un monde étrange qui défend la liberté et les libertés, et qui ne cesse de jour en jour de rejoindre l’enfermement, le repli sur soi et la peur de l’Autre. Nous revendiquons notre droit au plaisir, à la distraction, à l’autonomie et même à la jouissance, mais sans accepter pleinement les devoirs à respecter pour que ce plaisir, cette jouissance et cette autonomie ne deviennent pas simplement un égo démesuré !

Comme je le dis souvent, l’Autre n’est pas le problème ; il est la solution. Pour cela, il convient déjà dans un premier temps que nous ne soyons pas un problème pour l’Autre, mais bien SA solution.

Cette responsabilisation vis-à-vis de la communauté humaine et vis-à-vis du ciel et de la terre, ne nécessite pas de grandes réflexions philosophiques, ni non plus des serments à prendre devant un autel. Il s’agit d’accomplir une simple introspection quotidienne.




Dans la méthode que je suivais étant plus jeune, cette introspection correspondait même à un exercice annexe de la méthode ; exercice que l’on devait pratiquer chaque jour à 5h du matin, au début de la première méditation de la journée.

Cette introspection peut prendre en compte des choses anodines du quotidien, comme des choses beaucoup plus profondes… Les choses anodines du quotidien trouvent des exemples nombreux et faciles avec notre comportement sur la route, car la voiture, les déplacements, nous soumettent à un stress inconscient et très intense. Ce stress est lié à l’accélération, au besoin d’aller vite, et ce besoin trouve des points d’ancrage dans notre cerveau avec des biais de négativité forts et très mobilisateurs de décharges hormonales :

- J’arrive à un rond-point, et au lieu de ralentir parce que je dois céder la priorité, j’accélère pour passer coûte-que-coûte.

- Je vois quelqu’un qui veut traverser et là encore, au lieu de m’arrêter et de respecter le code de la route, j’accélère.

- Je suis pressé, je dois déposer mes enfants chez la nounou, je me gare en double fil plutôt que de faire quelques mètres et de me garer sur une place libre ou dans un parking.

À chaque fois, pour ces trois exemples, nous prenons un risque pour nous-même, nous faisons encourir un risque aux autres, et dans la vision de cause à effet et de lien karmique, nous déclenchons chez l’Autre, de la colère et/ou de la peur.

Nous ne devenons alors pas LA solution de l’Autre, mais bien SON problème. Notre responsabilité se trouve engagée tant physiquement, que spirituellement du fait d’un comportement irresponsable de notre part.

L’introspection spirituelle peut donc prendre pour point de départ des évènements aussi anodins que notre comportement sur la route, que des évènements plus lourds de conséquences avec notre rapport aux gens dans le cadre familial, professionnel, etc.

L’objectif de ce travail introspectif est de parvenir à une compréhension profonde de soi, du rapport aux autres et du rapport aux règles karmiques qui nous lient au bonheur des autres, et à leurs malheurs, à ce qui plaisant ou déplaisant pour autrui et dont nous sommes l’origine.

Pour celles et ceux qui pratiquent la méditation, cet exercice est aussi important que le travail de la respiration ou de la contemplation méditative.

Je vous laisse ci-dessous l’extrait d’un enseignement de mon ancien maître de méditation, monsieur Tam.

Ce texte a été rédigé en 1983. Il a pour titre : « retour à la vérité »




 

Mes chers amis,


Aujourd'hui, nous avons l'occasion de nous réunir ici pour méditer ensemble, développer notre esprit. Avec la méthode pragmatique actuelle, nous avons pratiqué ensemble durant plusieurs jours, plusieurs mois, plusieurs années pour revenir à la structure supranaturelle existant en nous, pour comprendre la nature originelle, entière et parfaite que le principe divin nous a accordée afin que nous ayons une nature vivante, débordante d'amour.

Nous avons vécu plusieurs existences ensemble sur cette terre fertile. Nous nous sommes toujours réincarnés. Nous apprenons la spiritualité, nous la recherchons. Nous nous avançons sur le chemin sur lequel nous devons marcher. Nous sommes obligés de nous avancer. A chaque heure, à chaque minute, à chaque fraction de seconde, des changements se produisent sans cesse à partir de l’obscurité vers la sérénité. L'amour se manifeste de plus en plus dans l'âme de chaque individu.

Nous avons une famille, nous possédons un corps, nous assistons ensemble aux scènes d'actions et de réactions pour pouvoir ressentir clairement l'existence du principe divin et des Bouddhas. Nous avons une issue, un chemin de retour, des conflits pour défaire tous les nœuds dans notre for intérieur.

Par moments, nous n'avons pas d'issue et par moments, nous surmontons très facilement les obstacles. Dans la longue nuit, nous avons appris sans cesse mais qui a su cela ? Notre façon de manger, nos actes, notre sommeil ont changé par le sens de la respiration des énergies en nous. Ces énergies s'harmonisent entre elles, progressent, se développent ensemble, se réunissent et se dispersent clairement dans le principe conscient de chaque individu. Pendant notre sommeil, pendant nos heures de méditation, tout est émouvant, vivant ; nous élargissons de plus en plus nos connaissances sur l'Univers. La pureté, la légèreté en haut font le Ciel ; la lourdeur, l'impureté font la Terre. Vous avez certifié cela avec vos yeux profanes. Les arbres, les fleurs, les fruits luxuriants concourent au développement.

L'humanité a offert automatiquement leur amour vivant à travers la matière, l'argent, la nourriture, le logement, les vêtements, le matériel scientifique et moderne. Ce n'est pas en dehors de l'Amour et de la Spiritualité. Nous pouvons assister à ces situations, bénéficier de ces choses, nous élever selon notre propre niveau existant. Nous savons aimer notre famille, nous savons aimer le principe divin, nous savons penser à notre Origine céleste ; sur le chemin de retour, sur la voie, nous avons marché et nous sommes en train de marcher. Vous avez marché avec moi en plusieurs endroits, vous avez marché avec moi pendant plusieurs instants émouvants. Nous nous sommes aimés les uns-les-autres. Nous ne cessons pas de penser les uns aux autres sur le chemin d'auto avancement et d'auto développement.

Grâce au "bâton" de spiritualité, à la méthode de méditation qui est un outil, nous avons la possibilité de faire une révision de la Barque de Rédemption existant dans le principe conscient de chacun de nous pour voir où elle est abîmée, cassée et nous la réparons, nous la restaurons nous-mêmes puis nous ramons nous-mêmes, nous nous avançons nous-mêmes.

Nous avons marché ensemble. Nous marchons toujours, nous nous corrigeons toujours, nous nous surveillons toujours, nous nous construisons toujours pour attendre le jour où la tempête viendra à nous, mais notre esprit sera toujours calme car nous aurons vu clairement que ce n'est pas en ouvrant les yeux que nous pouvons marcher. En fermant nos yeux profanes et en ouvrant nos yeux spirituels, nous voyons le chemin. Nous avons marché ensemble, nous avons pratiqué ensemble, nous avons fermé les yeux pendant l'heure de méditation, nous avons laissé tomber toutes les choses du monde extérieur pour revenir à la situation réelle, inhérente à nous-mêmes, à la lucidité, la pureté, la légèreté.

Nous ne sommes plus dépendants du monde extérieur et nous ne nous y accrochons plus. Quand nous prenons conscience clairement de cela, nous voyons qu'il est un moyen faisant évoluer notre âme.

(…)




 

 

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