lundi 22 septembre 2025

Le San Yi Quan 三一拳





Le San Yi Quan 三一拳 (sān yīquán) se traduit littéralement par Poing des Trois Un. On le désigne souvent comme Poing des Trois Harmonies.
Il s’agit d’un art de la bravoure plus que d’un « art martial », selon son transmetteur en France, Georges Charles. La pensée confucéenne définit en effet le brave comme celui qui s’oppose à la violence sans l’exercer. Cette idée rejoint l’idéogramme
(wǔshù) :

  • Wu : une main qui arrête une arme, talisman protecteur.
  • Shu : savoir et savoir-faire, au sens artisanal.

On est donc loin des images guerrières des films ou combats de spectacle : le wǔshù cultive au contraire l’éthique, la vitalité et l’harmonie avec la nature, les autres et soi-même, selon les fondements confucéens, taoïstes et bouddhistes.

Le San Yi Quan illustre cette démarche : unir le mouvement à la pensée, harmoniser cœur et esprit.
Il fut transmis en France par Maître Wang Tse Ming (né à Canton en 1909, installé en France en 1949) à son élève Georges Charles, qui hérita de l’école en 1979. Avec son maître, il choisit le nom San Yi Quan en référence à la tradition confucéenne, bien que l’école soit rattachée au Xing Yi Quan
形意拳 (Poing de l’Unité prenant forme).

Pour rendre accessible cet art complexe, Wang Tse Ming recommanda d’introduire trois boxes externes, permettant de travailler les différentes distances :

  • Hung Gar (distance longue)
  • Wing Chun (courte)
  • Tang Lang Quan (intermédiaire)

Ces approches externes ouvrent ensuite vers la pratique interne du Xing Yi Quan, transmise ici dans son courant naturel (Ziran Men), fondé sur l’économie de mouvement et la dynamique des cinq éléments (Wu Xing 五行) : feu, eau, bois, métal, terre.


Transmission en France

J’ai commencé l’étude auprès de Georges Charles en 1999, qui m’a remis le diplôme d’enseignant en 2004.
Auparavant, j’avais étudié douze ans à l’école traditionnelle vietnamienne Sa Long Cương (Binh-Dinh), riche de l’héritage sino-vietnamien et des « Dix-Huit Armes ». J’ai aussi enrichi ma pratique par le Jeet Kune Do et les arts philippins auprès de Richard Mugica.

Aujourd’hui, mon enseignement du San Yi Quan articule :

  • les arts vietnamiens de Binh-Dinh,
  • le Wing Chun (approfondi par le Jeet Kune Do),
  • et le Xing Yi Quan (courant interne transmis par Georges Charles).

Cette pédagogie cherche les points communs entre traditions, et s’appuie sur les vertus confucéennes (respect, bonté, équité), taoïstes et bouddhistes (apaisement, vitalité).



 

Les cinq degrés d’apprentissage

L’enseignement est structuré en cinq degrés, liés aux couleurs et aux cinq éléments (Wu Xing). Je parle de « degrés » plutôt que de grades : il ne s’agit pas de hiérarchie, mais d’un chemin de maturation. Chaque degré associe une couleur, un élément, une image, et une vertu.


1. Le degré Noir – Eau

C’est celui du débutant.

  • État d’esprit attendu : curiosité, implication, humilité.
  • Sens symbolique : l’eau, discrète mais tenace, qui s’infiltre partout. L’élève est comme un cours d’eau naissant, appelé à rejoindre fleuves et océans.
  • Attitudes : apprendre les bases techniques, mais aussi l’esprit de l’école : ranger et entretenir les armes, préparer la salle, observer les rites.
  • Vertu associée : respect des rites. Sans implication, il n’y a pas d’explication possible du maître, ni d’application juste de l’enseignement.

2. Le degré Vert – Bois

C’est celui de l’élève en progression.

  • État d’esprit attendu : constance, autonomie, confiance.
  • Sens symbolique : le bois, qui croît et se fortifie. L’élève devient un arbre en croissance, solide mais encore souple.
  • Attitudes : il n’attend plus qu’on lui dise quoi faire : il prépare, range, entretient de lui-même. Il explique les principes de vie commune aux débutants.
  • Vertu associée : confiance. L’enseignant peut s’appuyer sur lui. La vertu du respect est acquise, vient maintenant celle de la loyauté et de la fiabilité.

3. Le degré Rouge – Feu

C’est celui de l’élève avancé.

  • État d’esprit attendu : engagement, responsabilité, équité.
  • Sens symbolique : le feu, foyer qui réchauffe et éclaire. L’élève devient le bras droit de l’enseignant.
  • Attitudes : il aide à organiser, relayer, corriger les techniques ; il soutient les autres, prévient les conflits, favorise l’esprit d’école.
  • Vertu associée : justice et équité. Après respect et confiance, il incarne la capacité de réguler et de maintenir l’harmonie collective.

4. Le degré Jaune – Terre

C’est celui de l’élève confirmé, devenu transmetteur.

  • État d’esprit attendu : fiabilité, générosité, souci de la tradition.
  • Sens symbolique : la terre, solide et fertile, sur laquelle on bâtit et où l’on plante.
  • Attitudes : il peut prendre en charge une école, enseigner sans réserve, transmettre le savoir et les savoir-faire sans esprit de secret ni de préférence.
  • Vertu associée : bonté. L’élève jaune est garant de la continuité : il assure que l’art se perpétue dans le temps et garde son essence.

5. Le degré Blanc – Métal

C’est l’élève accompli, qui a formé à son tour des enseignants.

  • État d’esprit attendu : sagesse, discernement, vigilance.
  • Sens symbolique : le métal, épée tranchante capable de détruire ou de protéger. Symbole d’autorité et de responsabilité.
  • Attitudes : il assure que les enseignants qu’il forme restent fidèles aux valeurs de l’école, et veille à l’esprit des arts de la bravoure.
  • Vertu associée : sagesse. Après avoir intégré respect, confiance, équité et bonté, il devient un guide qui perpétue la tradition dans sa totalité.



  

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