Le San Yi Quan
三一拳 (sān yīquán) se traduit littéralement par
Poing des Trois Un. On le désigne souvent comme Poing des Trois
Harmonies.
Il s’agit d’un art de la bravoure plus que d’un « art martial », selon son
transmetteur en France, Georges Charles. La pensée confucéenne définit en effet
le brave comme celui qui s’oppose à la violence sans l’exercer. Cette idée
rejoint l’idéogramme 武术
(wǔshù) :
- Wu
: une main qui arrête une arme, talisman protecteur.
- Shu
: savoir et savoir-faire, au sens artisanal.
On est donc loin des images guerrières des films ou combats de
spectacle : le wǔshù cultive au contraire l’éthique, la vitalité et l’harmonie
avec la nature, les autres et soi-même, selon les fondements confucéens,
taoïstes et bouddhistes.
Le San Yi Quan illustre cette démarche : unir le mouvement à la
pensée, harmoniser cœur et esprit.
Il fut transmis en France par Maître Wang Tse Ming (né à Canton en 1909,
installé en France en 1949) à son élève Georges Charles, qui hérita de l’école
en 1979. Avec son maître, il choisit le nom San Yi Quan en référence à
la tradition confucéenne, bien que l’école soit rattachée au Xing Yi Quan 形意拳
(Poing de l’Unité prenant forme).
Pour rendre accessible cet art complexe, Wang Tse Ming recommanda
d’introduire trois boxes externes, permettant de travailler les différentes
distances :
- Hung
Gar (distance longue)
- Wing
Chun (courte)
- Tang
Lang Quan (intermédiaire)
Ces approches externes ouvrent ensuite vers la pratique interne du
Xing Yi Quan, transmise ici dans son courant naturel (Ziran Men), fondé
sur l’économie de mouvement et la dynamique des cinq éléments (Wu Xing 五行)
: feu, eau, bois, métal, terre.
Transmission en France
J’ai commencé l’étude auprès de Georges Charles en 1999, qui m’a
remis le diplôme d’enseignant en 2004.
Auparavant, j’avais étudié douze ans à l’école traditionnelle vietnamienne Sa
Long Cương (Binh-Dinh), riche de l’héritage sino-vietnamien et des « Dix-Huit
Armes ». J’ai aussi enrichi ma pratique par le Jeet Kune Do et les arts
philippins auprès de Richard Mugica.
Aujourd’hui, mon enseignement du San Yi Quan articule :
- les
arts vietnamiens de Binh-Dinh,
- le
Wing Chun (approfondi par le Jeet Kune Do),
- et
le Xing Yi Quan (courant interne transmis par Georges Charles).
Cette pédagogie cherche les points communs entre traditions, et
s’appuie sur les vertus confucéennes (respect, bonté, équité), taoïstes et
bouddhistes (apaisement, vitalité).
Les
cinq degrés d’apprentissage
L’enseignement
est structuré en cinq degrés,
liés aux couleurs et aux cinq éléments (Wu Xing). Je parle de « degrés » plutôt
que de grades : il ne s’agit pas de hiérarchie, mais d’un chemin de maturation.
Chaque degré associe une couleur, un élément, une image, et une vertu.
1. Le
degré Noir – Eau
C’est
celui du débutant.
- État d’esprit attendu : curiosité,
implication, humilité.
- Sens symbolique : l’eau,
discrète mais tenace, qui s’infiltre partout. L’élève est comme un cours
d’eau naissant, appelé à rejoindre fleuves et océans.
- Attitudes : apprendre les
bases techniques, mais aussi l’esprit de l’école : ranger et entretenir
les armes, préparer la salle, observer les rites.
- Vertu associée : respect des
rites. Sans implication, il n’y a pas d’explication possible du maître, ni
d’application juste de l’enseignement.
2. Le
degré Vert – Bois
C’est
celui de l’élève en progression.
- État d’esprit attendu :
constance, autonomie, confiance.
- Sens symbolique : le bois, qui
croît et se fortifie. L’élève devient un arbre en croissance, solide mais
encore souple.
- Attitudes : il n’attend plus
qu’on lui dise quoi faire : il prépare, range, entretient de lui-même. Il
explique les principes de vie commune aux débutants.
- Vertu associée : confiance.
L’enseignant peut s’appuyer sur lui. La vertu du respect est acquise,
vient maintenant celle de la loyauté et de la fiabilité.
3. Le
degré Rouge – Feu
C’est
celui de l’élève avancé.
- État d’esprit attendu :
engagement, responsabilité, équité.
- Sens symbolique : le feu,
foyer qui réchauffe et éclaire. L’élève devient le bras droit de
l’enseignant.
- Attitudes : il aide à
organiser, relayer, corriger les techniques ; il soutient les autres,
prévient les conflits, favorise l’esprit d’école.
- Vertu associée : justice et
équité. Après respect et confiance, il incarne la capacité de réguler et
de maintenir l’harmonie collective.
4. Le
degré Jaune – Terre
C’est
celui de l’élève confirmé, devenu transmetteur.
- État d’esprit attendu :
fiabilité, générosité, souci de la tradition.
- Sens symbolique : la terre,
solide et fertile, sur laquelle on bâtit et où l’on plante.
- Attitudes : il peut prendre en
charge une école, enseigner sans réserve, transmettre le savoir et les
savoir-faire sans esprit de secret ni de préférence.
- Vertu associée : bonté.
L’élève jaune est garant de la continuité : il assure que l’art se
perpétue dans le temps et garde son essence.
5. Le
degré Blanc – Métal
C’est
l’élève accompli, qui a formé à son tour des enseignants.
- État d’esprit attendu :
sagesse, discernement, vigilance.
- Sens symbolique : le métal,
épée tranchante capable de détruire ou de protéger. Symbole d’autorité et
de responsabilité.
- Attitudes : il assure que les
enseignants qu’il forme restent fidèles aux valeurs de l’école, et veille
à l’esprit des arts de la bravoure.
- Vertu associée : sagesse.
Après avoir intégré respect, confiance, équité et bonté, il devient un
guide qui perpétue la tradition dans sa totalité.

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