型 / 形 (Kata) - Japon
Sens littéral
: forme, moule, modèle, schéma, patron
套路 (Tào lù) -
Chine
Traduction
littérale :
- 套 (tào) : envelopper, emboîter, ensemble, série, modèle.
- 路 (lù) : chemin, voie, parcours, route.
Sens littéral
complet : « ensemble de mouvements sur un chemin » ou « parcours structuré ».
Bài quyền -
Viêtnam
Sens littéral
:
- Bài (拜) → forme,
leçon, rituel, salut, hommage
- Quyền (拳) → poing,
boxe, art du poing
Les enchaînements codifiés de mouvements (Kata ou Tào
Lù) s’inscrivent dans deux grands courants : les formes dites
anciennes et les formes modernes.
Les formes modernes visent la démonstration des qualités physiques du
pratiquant. Elles privilégient les acrobaties ; et, lorsqu’elles sont exécutées
avec des armes, celles-ci sont souvent légères, souples, adaptées aux exigences
spectaculaires.
Les formes anciennes, quant à elles, sont comparables à une œuvre de maître en peinture ou en musique. Elles résultent d’une réflexion personnelle de combattants qui ont cherché à agréger, dans une séquence complète et codifiée, l’essentiel de leur art — pour le combat à mains nues ou aux armes.
Leur intérêt ne se limitait pas à la transmission individuelle : elles
permettaient également de former rapidement un groupe, en enseignant aux
membres les mouvements fondamentaux nécessaires à l’affrontement. Ces formes
furent d’abord des exercices de préparation militaire.
Mais au fil du temps, elles ont dépassé leur fonction guerrière pour devenir des voies d’expression, des poèmes du corps.
Il reste difficile, pour les sociétés occidentales dont la pensée s’est
construite autour de la performance, de la compétition et du culte de
l’exploit, de saisir non seulement l’utilité du Bài Quyền
ou du Kata, mais plus encore leur nécessité.
Lorsque l’on conçoit le corps comme un instrument de dépassement et de
glorification de la douleur, il devient ardu d’imaginer qu’une séquence de
mouvements non compétitive, parfois accompagnée d’un poème ou d’une musique,
puisse être un chemin de connaissance de soi et de structuration intérieure.
Pour les Occidentaux qui recherchent avant tout à entretenir leur vitalité,
qui cultivent un esprit de paix et pour qui le corps doit permettre à l’esprit
de s’élever en harmonie avec les autres, le Kata est en
général compris, et son travail, accepté.
Car ils y reconnaissent un chemin familier : celui d’un mouvement conscient, d’un souffle accordé, d’une attention tournée vers la présence. Le Kata n’est plus alors un vestige d’art militaire, mais un art de vivre.
Là où la compétition isole, la forme codifiée relie.
Elle relie le pratiquant à lui-même, d’abord, par la répétition qui polit les
angles de la volonté ; elle le relie ensuite aux autres, car chaque geste
juste, chaque posture tenue dans le silence, est une promesse de paix adressée
au monde.
Mais elle relie aussi le présent au fil du temps : à chaque mouvement, le
pratiquant retrouve le souffle des anciens, ceux qui ont façonné ces formes
avant lui, et qui continuent de vivre à travers elles. En exécutant un Kata,
il dialogue avec leur mémoire.
Et ce dialogue, à son tour, ouvre l’avenir : car ce même geste, patiemment
travaillé, devient un chemin intérieur. Il conduit chacun vers une plus grande
harmonie entre l’esprit, le corps et l’intelligence du cœur. Non pas pour se
dépasser contre soi, mais pour se développer avec soi — dans le respect de ses
limites, et la gratitude du chemin parcouru.
Dans cette perspective, le Kata n’est plus un exercice
du corps, mais une conversation entre le
visible et l’invisible : entre l’intention et l’action, le
souffle et la matière, l’instant et la mémoire du geste.
Ainsi, qu’il soit japonais, chinois ou vietnamien, le Kata
— ou Tào Lù, ou Bài quyền —
incarne la même aspiration : celle d’un être humain qui, par le mouvement,
cherche à remettre en ordre ce qui, en lui et autour de lui, tend vers le
déséquilibre.
On retrouve les origines du Kata dans les anciennes
danses rituelles : elles étaient à la fois prières en mouvement et ponts
dressés entre l’invisible et le visible.
Ces formes, héritées du chamanisme et des traditions initiatiques d’Asie,
exprimaient l’interaction entre la matière et le spirituel.
Les formes codifiées anciennes portent en elles toute la richesse de la
culture de l’Extrême-Orient : elles traduisent les principes de la médecine
traditionnelle, l’énergétique, et la philosophie du Tao, qui établit un lien
vivant entre le microcosme du pratiquant et le macrocosme du monde.
Si les mouvements servent bien à l’autodéfense, ils la conçoivent dans une
vision globale : se défendre contre une agression physique, certes, mais aussi
renforcer son corps face aux déséquilibres de l’environnement — le froid, la
chaleur, l’humidité, les virus ou les bactéries.
Ces mouvements se récitent comme un poème. Ils unissent la culture du geste
à celle de la pensée. Le pratiquant n’y « dépose pas son cerveau », ne cherche
ni à se « défouler » ni à se « vider », comme le veut souvent la logique
sportive occidentale : il cherche au contraire à se reconnecter, à se remplir, à s’apaiser.
Par la répétition du Kata, il retrouve le sens du
rituel : un mouvement qui soigne, relie et éclaire — autant le corps que
l’esprit.
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