Dans la province de Bình Định, au centre-sud du Viêt Nam,
s’est développée une longue tradition martiale appelée Võ Bình Định.
Elle trouve ses racines dans la défense du territoire et connut un essor
particulier au XVIIIᵉ
siècle, sous l’impulsion de la dynastie Tây Sơn.
Cette forme martiale se distingue par une grande diversité
de styles et d’armes — mains nues, bâtons, épées, lances — et par une
philosophie qui associe puissance, agilité et maîtrise de soi. Les techniques
allient des attaques rapides à des déplacements vifs, dans une recherche
d’équilibre entre force et fluidité.
Les arts martiaux de Bình Định portent aussi une dimension
culturelle forte : ils étaient pratiqués dans les villages, transmis au sein
des familles, et enseignés aussi bien aux hommes qu’aux femmes. L’expression
populaire « Trai An Thái, gái An Vinh » (« les hommes An Thái, les femmes An
Vinh ») rappelle d’ailleurs deux des grands styles régionaux.
Sous les Tây Sơn, ces arts connurent un véritable âge d’or :
ils faisaient partie de l’entraînement militaire et furent largement diffusés à
travers le pays. Aujourd’hui encore, le Võ Bình Định est reconnu comme un patrimoine
immatériel national et demeure vivant dans de nombreuses écoles et villages
où la tradition se perpétue.
Plus qu’un ensemble de techniques de combat, il représente
un héritage culturel et spirituel du Viêt Nam, où le corps, la mémoire,
le lieu et l’esprit se rejoignent.
Du XIᵉ
au XIVᵉ siècle, le Đại Việt
(ancien Viêt Nam) développa une tradition militaire puissante, fondée
sur une cavalerie aguerrie et une organisation stratégique d’une grande
précision.
Sous les dynasties des Lý (1010-1225) puis des Trần (1225-1413),
l’armée vietnamienne atteignit un haut degré de discipline et d’efficacité,
jouant un rôle déterminant dans la défense du royaume face aux puissances
voisines.
Sous les Lý, l’empereur Lý Thánh Tông mit en place en
1059 un Statut Militaire divisant les troupes en huit enseignes, chacune
formée de cavaliers et d’artilleurs. L’armée comptait alors plusieurs corps
spécialisés : troupes principales, forces cantonnées, unités mobiles et gardes
de citadelles. Cette organisation contribua à la victoire du général Lý Thường
Kiệt, qui repoussa les armées chinoises des Song et pacifia le Champa,
consolidant la puissance du Đại Việt.
La dynastie des Trần perfectionna ensuite ce modèle.
L’empereur Trần Thái Tông structura l’armée en différentes classes et
armées d’élite, réparties sur tout le territoire. La force militaire des Trần,
forte de plusieurs centaines de milliers d’hommes, intégrait cavalerie,
infanterie et marine sous un commandement centralisé. Grâce à cette
organisation et à l’union du peuple, le généralissime Trần Hưng Đạo
remporta de grandes victoires contre les invasions mongoles aux XIIIᵉ siècle, notamment lors des batailles
de Bạch Đằng, Hàm Tử et Chương Dương.
Ces victoires illustrent la combinaison d’un art
militaire élaboré, d’une maîtrise équestre remarquable et d’une cohésion
nationale exceptionnelle. Elles ont durablement marqué l’histoire du Viêt
Nam et inspiré le respect de nations voisines comme le Japon.
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