dimanche 19 octobre 2025

Le Fā Jìn et le Chán Sī Jìn : deux façons d'explorer la notion de force dans les boxes internes

 Le Fā Jìn (發勁) et le Chán Sī Jìn (纏絲勁), souvent traduits respectivement par force qui explose et force qui s’enroule.




Le Fā Jìn (發勁)

La libération de la force

Le Fā Jìn désigne l’expression soudaine, précise et contrôlée de la puissance interne. On le traduit parfois par « émettre la force » ou « relâcher l’énergie », mais le mot jìn ne renvoie pas à une simple contraction musculaire : il s’agit d’une force transformée, issue de la coordination entre le souffle (), la structure corporelle et l’intention ().

Le Fā Jìn se manifeste lorsqu’une tension interne, accumulée dans le champ de cinabre (dāntián), est libérée de façon instantanée. Ce jaillissement rappelle la détente d’un ressort : le corps entier participe au mouvement, de la racine jusqu’à l’extrémité, sans rupture ni effort visible.

L’explosion du jìn ne dépend pas de la vitesse, mais de la synchronisation parfaite entre enracinement, relâchement et intention. C’est une onde de force qui traverse le corps en un seul instant, le plus souvent invisible jusqu’à son point d’impact.
Ainsi, le Fā Jìn est la manifestation externe d’un processus interne : l’esprit commande, l’intention guide, le souffle suit, et le corps répond.

On peut dire que le Fā Jìn représente l’aboutissement du mouvement — le moment où l’énergie, après s’être concentrée, s’exprime dans le monde visible.


Le Chán Sī Jìn (纏絲勁)

La force qui s’enroule

Le Chán Sī Jìn, littéralement « force du fil de soie », décrit la manière dont le mouvement se développe à l’intérieur du corps avant d’être libéré. L’image provient du geste délicat du tisserand qui déroule un cocon de soie : trop de tension, le fil se rompt ; trop peu, il s’emmêle.

Cette métaphore illustre l’essence du Chán Sī Jìn : un mouvement continu, spiralé, enraciné dans la détente. Il relie toutes les articulations dans un flux hélicoïdal, du sol jusqu’à la main, permettant à la force de s’accumuler, de se transformer et de circuler sans interruption.

Sur le plan biomécanique, le Chán Sī Jìn développe la torsion douce et la connexion interne : les muscles profonds, les tendons et les méridiens travaillent ensemble dans un mouvement de spirale, qui enroule puis déroule la force. Sur le plan énergétique, il représente la mise en circulation du qì à travers les neuf sections du corps, préparant la libération du jìn.

Le Chán Sī Jìn est donc la racine du Fā Jìn. Il structure le corps, harmonise les six correspondances internes et externes, et tisse la continuité nécessaire pour qu’au moment voulu, la force puisse se manifester sans effort apparent.


Deux forces, une même origine



Le Chán Sī Jìn et le Fā Jìn ne sont pas deux techniques distinctes, mais deux phases d’un même processus énergétique.

  • Le premier tisse, enroule, condense.

  • Le second détend, libère, propage.

Le pratiquant de haut niveau ne les sépare plus : chaque enroulement contient déjà le potentiel d’une explosion, chaque explosion naît d’un enroulement préparatoire. Dans cette alternance — contraction spiralée et expansion radiale — le corps retrouve le rythme fondamental du yin et du yang, du souffle qui s’enfonce et du souffle qui jaillit.

On pourrait dire que le Chán Sī Jìn est le geste du ciel qui s’enroule, et le Fā Jìn, la réponse de la terre qui éclate. Ensemble, ils enseignent que la véritable puissance n’est pas dans la force brute, mais dans la continuité du mouvement intérieur, où rien ne s’interrompt, où tout circule.

Les Six Harmonies et les Neuf Sections

 



Essai sur la dynamique interne du mouvement martial

Dans les arts martiaux internes, la compréhension du mouvement ne se limite pas à la mécanique des gestes. Elle repose sur une perception globale du corps comme un tout unifié, où chaque articulation, chaque souffle, chaque intention participe à la circulation de la force. Deux concepts fondamentaux structurent cette vision : les Six Harmonies (六和 liù hé) et les Neuf Sections. Ensemble, ils décrivent la manière dont la puissance naît, circule et s’exprime à travers le pratiquant.

Les Six Harmonies établissent d’abord les correspondances nécessaires entre les différentes parties du corps et les plans de la conscience. Les trois harmonies externes concernent les relations physiques : l’épaule s’accorde avec la hanche, le coude avec le genou, la main avec le pied. Ces connexions assurent que le mouvement, initié depuis la racine, se propage sans rupture jusqu’à l’extrémité. Ainsi, la hanche est la racine du mouvement, le genou son centre, et le pied son point de libération. De même, l’épaule enracine la puissance du bras, le coude la dirige, et la main la manifeste.

À ce schéma corporel répondent les trois harmonies internes, qui décrivent la continuité entre l’esprit (神 shén), l’intention (意 yì), le souffle (氣 qì) et la force (勁力 jìn lì). L’esprit engendre l’intention, l’intention guide le souffle, et le souffle anime la force. La puissance véritable ne dépend donc pas seulement de la structure physique, mais d’un alignement profond entre la pensée, l’énergie et le corps. Lorsque ces dimensions s’accordent, le geste devient l’expression naturelle d’un flux intérieur.



Les Neuf Sections prolongent cette idée en divisant le corps en neuf segments interdépendants, de la racine jusqu’aux extrémités. Elles rappellent que le corps agit comme une chaîne continue, où chaque section soutient et relaie la précédente. La source du mouvement réside dans le tronc : c’est là que s’ancrent la stabilité, la respiration et la transformation du souffle en force.



Au cœur de ce système se trouve le champ de cinabre (丹田 dāntián), centre énergétique du corps et pivot de la dynamique interne. Les maîtres le décrivent comme un ressort : lorsque le corps se détend, le s’y rassemble et s’y comprime ; lorsque le mouvement s’initie, ce ressort libère l’énergie qui se propage à travers la colonne, les épaules, les hanches et les membres. C’est du dāntián que le mouvement prend naissance, non des bras ni des jambes. « Émettre depuis la racine, transformer au centre, atteindre par l’extrémité » : cette maxime résume l’art de transmettre la force sans perte ni dispersion.

La médecine traditionnelle chinoise éclaire cette mécanique subtile à travers les méridiens tendino-musculaires. Les forces d’expansion, de poussée et de soulèvement circulent le long des méridiens yáng du dos et des membres postérieurs ; les forces de fermeture et de contraction agissent sur les méridiens yīn situés à l’avant du corps. On retrouve ce même principe dans la nature : le dos d’un guépard s’ouvre lorsqu’il bondit et se referme lorsqu’il se replie, alternant sans cesse entre expansion (yáng) et contraction (yīn).

Ainsi, la théorie des Six Harmonies et des Neuf Sections enseigne que le corps, le souffle et l’esprit ne sont pas des domaines séparés mais les aspects d’un même flux. La force (jìn) ne résulte pas d’un effort musculaire, mais d’une unité dynamique entre la structure, la respiration et l’intention. Lorsque cette unité est atteinte, le mouvement devient libre, naturel, et la puissance intérieure jaillit sans contrainte — non comme une explosion brutale, mais comme le prolongement harmonieux d’une énergie enracinée dans le centre de l’être.






samedi 18 octobre 2025

Les arts martiaux de la région de Bình Định, au Viêt Nam

 

Dans la province de Bình Định, au centre-sud du Viêt Nam, s’est développée une longue tradition martiale appelée Võ Bình Định. Elle trouve ses racines dans la défense du territoire et connut un essor particulier au XVIII siècle, sous l’impulsion de la dynastie Tây Sơn.

Cette forme martiale se distingue par une grande diversité de styles et d’armes — mains nues, bâtons, épées, lances — et par une philosophie qui associe puissance, agilité et maîtrise de soi. Les techniques allient des attaques rapides à des déplacements vifs, dans une recherche d’équilibre entre force et fluidité.

Les arts martiaux de Bình Định portent aussi une dimension culturelle forte : ils étaient pratiqués dans les villages, transmis au sein des familles, et enseignés aussi bien aux hommes qu’aux femmes. L’expression populaire « Trai An Thái, gái An Vinh » (« les hommes An Thái, les femmes An Vinh ») rappelle d’ailleurs deux des grands styles régionaux.

Sous les Tây Sơn, ces arts connurent un véritable âge d’or : ils faisaient partie de l’entraînement militaire et furent largement diffusés à travers le pays. Aujourd’hui encore, le Võ Bình Định est reconnu comme un patrimoine immatériel national et demeure vivant dans de nombreuses écoles et villages où la tradition se perpétue.

Plus qu’un ensemble de techniques de combat, il représente un héritage culturel et spirituel du Viêt Nam, où le corps, la mémoire, le lieu et l’esprit se rejoignent.

Du XI au XIV siècle, le Đại Việt (ancien Viêt Nam) développa une tradition militaire puissante, fondée sur une cavalerie aguerrie et une organisation stratégique d’une grande précision.
Sous les dynasties des (1010-1225) puis des Trần (1225-1413), l’armée vietnamienne atteignit un haut degré de discipline et d’efficacité, jouant un rôle déterminant dans la défense du royaume face aux puissances voisines.

Sous les Lý, l’empereur Lý Thánh Tông mit en place en 1059 un Statut Militaire divisant les troupes en huit enseignes, chacune formée de cavaliers et d’artilleurs. L’armée comptait alors plusieurs corps spécialisés : troupes principales, forces cantonnées, unités mobiles et gardes de citadelles. Cette organisation contribua à la victoire du général Lý Thường Kiệt, qui repoussa les armées chinoises des Song et pacifia le Champa, consolidant la puissance du Đại Việt.



La dynastie des Trần perfectionna ensuite ce modèle. L’empereur Trần Thái Tông structura l’armée en différentes classes et armées d’élite, réparties sur tout le territoire. La force militaire des Trần, forte de plusieurs centaines de milliers d’hommes, intégrait cavalerie, infanterie et marine sous un commandement centralisé. Grâce à cette organisation et à l’union du peuple, le généralissime Trần Hưng Đạo remporta de grandes victoires contre les invasions mongoles aux XIII siècle, notamment lors des batailles de Bạch Đằng, Hàm Tử et Chương Dương.

Ces victoires illustrent la combinaison d’un art militaire élaboré, d’une maîtrise équestre remarquable et d’une cohésion nationale exceptionnelle. Elles ont durablement marqué l’histoire du Viêt Nam et inspiré le respect de nations voisines comme le Japon.




Kata, Tào lù ou Bài quyền … Utile ? Non. Nécessaire !

  型 / 形 ( Kata ) - Japon Sens littéral : forme , moule , modèle , schéma , patron 套路 (Tào lù) - Chine Traduction littérale : ...