Le Fā Jìn (發勁) et le Chán Sī Jìn (纏絲勁), souvent traduits respectivement par force qui explose et force qui s’enroule.
Le Fā Jìn (發勁)
La libération de la force
Le Fā Jìn désigne l’expression soudaine, précise et contrôlée de la puissance interne. On le traduit parfois par « émettre la force » ou « relâcher l’énergie », mais le mot jìn ne renvoie pas à une simple contraction musculaire : il s’agit d’une force transformée, issue de la coordination entre le souffle (qì), la structure corporelle et l’intention (yì).
Le Fā Jìn se manifeste lorsqu’une tension interne, accumulée dans le champ de cinabre (dāntián), est libérée de façon instantanée. Ce jaillissement rappelle la détente d’un ressort : le corps entier participe au mouvement, de la racine jusqu’à l’extrémité, sans rupture ni effort visible.
L’explosion du jìn ne dépend pas de la vitesse, mais de la synchronisation parfaite entre enracinement, relâchement et intention. C’est une onde de force qui traverse le corps en un seul instant, le plus souvent invisible jusqu’à son point d’impact.
Ainsi, le Fā Jìn est la manifestation externe d’un processus interne : l’esprit commande, l’intention guide, le souffle suit, et le corps répond.
On peut dire que le Fā Jìn représente l’aboutissement du mouvement — le moment où l’énergie, après s’être concentrée, s’exprime dans le monde visible.
Le Chán Sī Jìn (纏絲勁)
La force qui s’enroule
Le Chán Sī Jìn, littéralement « force du fil de soie », décrit la manière dont le mouvement se développe à l’intérieur du corps avant d’être libéré. L’image provient du geste délicat du tisserand qui déroule un cocon de soie : trop de tension, le fil se rompt ; trop peu, il s’emmêle.
Cette métaphore illustre l’essence du Chán Sī Jìn : un mouvement continu, spiralé, enraciné dans la détente. Il relie toutes les articulations dans un flux hélicoïdal, du sol jusqu’à la main, permettant à la force de s’accumuler, de se transformer et de circuler sans interruption.
Sur le plan biomécanique, le Chán Sī Jìn développe la torsion douce et la connexion interne : les muscles profonds, les tendons et les méridiens travaillent ensemble dans un mouvement de spirale, qui enroule puis déroule la force. Sur le plan énergétique, il représente la mise en circulation du qì à travers les neuf sections du corps, préparant la libération du jìn.
Le Chán Sī Jìn est donc la racine du Fā Jìn. Il structure le corps, harmonise les six correspondances internes et externes, et tisse la continuité nécessaire pour qu’au moment voulu, la force puisse se manifester sans effort apparent.
Deux forces, une même origine
Le Chán Sī Jìn et le Fā Jìn ne sont pas deux techniques distinctes, mais deux phases d’un même processus énergétique.
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Le premier tisse, enroule, condense.
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Le second détend, libère, propage.
Le pratiquant de haut niveau ne les sépare plus : chaque enroulement contient déjà le potentiel d’une explosion, chaque explosion naît d’un enroulement préparatoire. Dans cette alternance — contraction spiralée et expansion radiale — le corps retrouve le rythme fondamental du yin et du yang, du souffle qui s’enfonce et du souffle qui jaillit.
On pourrait dire que le Chán Sī Jìn est le geste du ciel qui s’enroule, et le Fā Jìn, la réponse de la terre qui éclate. Ensemble, ils enseignent que la véritable puissance n’est pas dans la force brute, mais dans la continuité du mouvement intérieur, où rien ne s’interrompt, où tout circule.